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Mise en examen ou témoin assisté : quelle différence et laquelle demander ?

Photo du rédacteur: Joris Morer
Joris Morer
29 août
9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

La différence tient d'abord au niveau de soupçon. La mise en examen suppose des indices graves ou concordants rendant vraisemblable une participation aux faits. Le statut de témoin assisté se contente d'indices plus faibles, ou du simple fait d'être nommément visé par une plainte ou par un réquisitoire.


Mais la différence qui compte, en pratique, est ailleurs. Le témoin assisté ne peut être placé ni sous contrôle judiciaire, ni sous bracelet électronique, ni en détention provisoire. Il ne peut pas non plus être renvoyé directement devant un tribunal : pour le juger, il faut d'abord le mettre en examen.


Quant à savoir laquelle demander, la réponse est le plus souvent le statut de témoin assisté mais pas toujours, et la loi elle-même dit quelque chose que la pratique contredit tous les jours.


Ces deux statuts n'existent que pendant une instruction


Ni la mise en examen ni le statut de témoin assisté n'existent en dehors d'une information judiciaire, c'est-à-dire d'une enquête confiée à un juge d'instruction. La très grande majorité des affaires pénales n'en passent jamais par là : en 2024, seules 16 800 informations judiciaires ont été ouvertes en France, sur plusieurs millions d'affaires traitées par les parquets.


Si vous avez été entendu en garde à vue ou en audition libre puis convoqué devant un tribunal, vous n'êtes ni l'un ni l'autre : vous êtes prévenu. Ces deux statuts supposent qu'un juge d'instruction a été saisi, soit par un réquisitoire du parquet, soit par une plainte avec constitution de partie civile.


Ce que dit exactement la loi


La mise en examen suppose des indices graves ou concordants


L'article 80-1 du code de procédure pénale exige, pour mettre une personne en examen, l'existence d'« indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'elles aient pu participer » à la commission des infractions. Le juge doit au préalable avoir entendu les observations de la personne, assistée de son avocat.


Le témoin assisté suppose beaucoup moins


Le statut de témoin assisté s'applique notamment à la personne nommément visée par le réquisitoire du procureur ou par une plainte, à celle mise en cause par une victime ou par un témoin, ou à celle contre laquelle existent des indices insuffisants pour justifier une mise en examen.


La règle que presque personne ne connaît : la mise en examen est subsidiaire


C'est le point décisif de tout le raisonnement, et il figure noir sur blanc dans le même article 80-1 : « Le juge d'instruction ne peut procéder à la mise en examen de la personne que s'il estime ne pas pouvoir recourir à la procédure de témoin assisté. »


Autrement dit, la loi ne présente pas les deux statuts comme deux options équivalentes entre lesquelles le magistrat choisirait librement. Elle pose le statut de témoin assisté comme le régime de principe, et la mise en examen comme l'exception, réservée aux cas où le premier ne suffit pas.


La pratique dit autre chose. En 2024, parmi les personnes mises en cause à l'instruction, 25 891 ont été mises en examen contre 1 378 placées sous le statut de témoin assisté. Un rapport de près de dix-neuf contre un, pour un régime que le texte présente pourtant comme subsidiaire.


Cet écart n'est pas une curiosité statistique : c'est un argument. Demander le statut de témoin assisté, ce n'est pas solliciter une faveur, c'est réclamer l'application de la règle de principe. Encore faut-il le formuler, et dans les délais.

Les différences concrètes, point par point


Mis en examen

Témoin assisté

Niveau de soupçon

Indices graves ou concordants

Indices simples, ou mise en cause nominative

Contrôle judiciaire

Possible

Impossible

Bracelet électronique

Possible

Impossible

Détention provisoire

Possible

Impossible

Renvoi devant un tribunal

Possible

Impossible sans mise en examen préalable

Avocat

De droit

De droit

Accès au dossier par l'avocat

Oui

Oui

Prestation de serment

Non

Non

Droit au silence

Oui

Oui

Demander des confrontations et des expertises

Oui

Oui

Soulever des nullités

Oui

Oui

Issue possible

Non-lieu ou renvoi

Sortie de la procédure, ou mise en examen ultérieure

Ce tableau appelle une remarque importante : sur les droits de la défense proprement dits (avocat, dossier, silence, demandes d'actes, nullités) les deux statuts sont aujourd'hui très proches. Le témoin assisté n'est plus le statut au rabais qu'il a pu être. La différence réelle porte sur les mesures de contrainte et sur la possibilité d'être jugé.


Faut-il toujours préférer le statut de témoin assisté ?


Ce qu'il permet d'éviter


L'essentiel. Un témoin assisté ne peut pas être incarcéré au titre de l'affaire, ne peut pas se voir interdire de quitter le département, d'exercer sa profession ou de rencontrer certaines personnes, et ne peut pas être renvoyé devant le tribunal correctionnel ou la cour d'assises tant qu'il conserve ce statut. Dans une procédure dont la durée moyenne dépasse trois ans, ce n'est pas un détail : c'est la différence entre subir l'instruction et la traverser.

Il évite aussi une exposition. Une mise en examen se sait, se commente, et pèse professionnellement, alors même qu'elle n'est ni une condamnation ni une accusation définitive.


La vraie contrepartie


Le statut de témoin assisté a un inconvénient réel, et il est rarement expliqué : il ne clôt rien. Le juge d'instruction peut décider à tout moment, jusqu'à la fin de l'information, de procéder à une mise en examen si les indices se renforcent. Le témoin assisté vit donc une longue incertitude, sans jamais bénéficier d'une décision qui le mette formellement hors de cause.


Le mis en examen, lui, peut obtenir une ordonnance de non-lieu : une décision qui constate qu'il n'y a pas de charges suffisantes et qui referme le dossier. Ce n'est pas rien : en 2024, sur 14 828 affaires terminées, 31 % se sont soldées par un non-lieu.


Les cas où demander la mise en examen est le bon calcul


C'est contre-intuitif, et pourtant la loi le prévoit expressément : le témoin assisté peut demander à être mis en examen.


Cette démarche a un sens dans deux situations. Lorsque le dossier est manifestement vide et que l'on veut forcer une décision plutôt que rester suspendu pendant deux ou trois ans car obtenir un non-lieu suppose d'être mis en examen. Et lorsque le risque de renvoi est de toute façon certain, auquel cas mieux vaut disposer immédiatement du statut le plus complet pour construire sa défense.


Ce calcul est délicat, parce qu'il expose en contrepartie aux mesures de sûreté. Il ne se fait qu'au vu du dossier.


Comment obtenir le statut de témoin assisté quand on est mis en examen


L'article 80-1-1 du code de procédure pénale organise cette demande, et il enferme la personne mise en examen dans un calendrier précis.


La demande peut être formée :


  • au moment de la notification de la mise en examen, ou dans les dix jours qui suivent ;

  • à l'expiration d'un délai de six mois après la mise en examen, puis tous les six mois ;

  • dans les dix jours suivant la notification d'une expertise, ou un interrogatoire portant sur les résultats d'une commission rogatoire.


Ces fenêtres sont le cœur du dispositif. Une expertise qui affaiblit le dossier, un retour de commission rogatoire qui ne confirme rien : chacun de ces actes rouvre un droit de demande. Un dossier bien suivi consiste précisément à guetter ces moments.


S'il maintient la mise en examen, le juge d'instruction doit statuer par ordonnance motivée faisant état des indices graves ou concordants qui la justifient. C'est une contrainte utile : elle oblige le magistrat à écrire ce sur quoi il se fonde, et cette motivation peut ensuite être discutée.


Parallèlement, la personne mise en examen conserve le droit de demander l'annulation de sa mise en examen dans les six mois de sa première comparution, devant la chambre de l'instruction. Les deux voies ne se confondent pas et peuvent se combiner.


Que se passe-t-il à la fin de l'instruction ?


Les chiffres de 2024 donnent une idée réaliste des issues. Sur 14 828 affaires terminées, 31 % ont abouti à un non-lieu, 44 % au renvoi d'une seule personne et 25 % au renvoi de plusieurs personnes devant une juridiction de jugement.


La durée, elle, est le facteur que tout le monde sous-estime : pour les personnes dont l'information s'est achevée en 2024, la durée moyenne d'instruction atteint 36 mois, avec une médiane de 28,6 mois. Trois ans en moyenne, pendant lesquels le statut retenu détermine la vie quotidienne de la personne mise en cause.


En cas de renvoi, la personne devient prévenue devant le tribunal correctionnel ou accusée devant la cour d'assises ou la cour criminelle départementale.


Questions fréquentes


Être mis en examen, est-ce être coupable ?

Non. La mise en examen est un acte d'enquête, pas un jugement. La présomption d'innocence reste entière, et près d'un tiers des instructions se terminent par un non-lieu. C'est le contresens le plus répandu, largement entretenu par l'usage médiatique du terme.


La mise en examen figure-t-elle au casier judiciaire ?

Non. Seules les condamnations définitives y sont inscrites. Voyez notre article sur ce qui figure au casier judiciaire.


Peut-on refuser de répondre au juge d'instruction ?

Oui. Le droit de se taire est notifié et s'exerce sans conséquence défavorable, comme il s'exerce en garde à vue. Le témoin assisté, comme le mis en examen, ne prête pas serment contrairement au simple témoin.


Mon employeur peut-il l'apprendre ?

L'instruction est en principe secrète. Le secret ne s'impose toutefois ni à la personne mise en cause ni à la partie civile, et il connaît en pratique des fuites. Un contrôle judiciaire interdisant d'exercer une activité professionnelle, en revanche, se sait nécessairement. Raison supplémentaire de discuter le statut retenu.


Le témoin assisté peut-il devenir mis en examen ?

Oui, à tout moment de l'instruction, si des indices graves ou concordants apparaissent. C'est la limite du statut : il protège sans jamais clore.


Peut-on plaider coupable devant le juge d'instruction ?

Non. La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité est une voie distincte, qui ne passe pas par l'instruction.


Combien de temps dure une instruction ?

Trois ans en moyenne, avec de fortes variations. Les délais sont plus courts lorsque la personne est en détention provisoire, la loi encadrant alors strictement la durée.


L'avocat est-il obligatoire ?

Il ne l'est pas au sens strict, mais l'accès au dossier passe par lui : c'est l'avocat qui obtient copie de la procédure et qui peut en discuter les pièces. Sans avocat, on répond à des questions dont on ignore le fondement. Vérifiez votre assurance de protection juridique, qui prend souvent en charge une partie des honoraires.


Convoqué devant un juge d'instruction à Toulouse : ce qui se décide à la première comparution


L'interrogatoire de première comparution est le moment le plus important de toute l'instruction, et le moins bien préparé. C'est là que le statut est fixé, et il commandera les deux à trois années suivantes : la possibilité d'un contrôle judiciaire, d'un bracelet ou d'une détention, l'exposition professionnelle, et la manière dont le dossier sera instruit.

Or la loi impose au juge d'entendre vos observations avant de décider, et de ne recourir à la mise en examen que s'il estime ne pas pouvoir vous placer sous le statut de témoin assisté. Ces observations se préparent : elles supposent d'avoir lu le dossier, identifié ce qui manque aux indices pour être qualifiés de graves ou de concordants, et articulé pourquoi le régime de principe doit s'appliquer. Présenté à froid, cet argument est souvent entendu ; improvisé le jour même, il ne l'est jamais.


Si la mise en examen a déjà été prononcée, rien n'est figé pour autant. Les fenêtres de l'article 80-1-1 (dix jours après la notification, puis tous les six mois, et après chaque expertise ou retour de commission rogatoire) permettent de revenir à la charge, et obligent le juge à motiver son refus par écrit.


Maître Joris Morer, avocat au barreau de Toulouse, intervient à tous les stades de l'instruction : assistance à l'interrogatoire de première comparution, discussion du statut retenu, demande de statut de témoin assisté, requêtes en nullité devant la chambre de l'instruction, demandes d'actes et d'expertises, contestation du contrôle judiciaire et de la détention provisoire devant le juge des libertés et de la détention, puis défense devant la juridiction de jugement en cas de renvoi. Le cabinet intervient devant les juridictions de la Haute-Garonne et, plus largement, partout en France. Vous pouvez également consulter notre page consacrée à l'assistance devant le juge d'instruction.


Que vous veniez de recevoir une convocation en vue d'une première comparution, que vous ayez été mis en examen et souhaitiez contester ce statut, ou qu'un proche soit concerné, un premier échange permet de faire le point sur ce qui vous est reproché, sur le statut qui peut être obtenu et sur les délais qui courent déjà.


Pour joindre le cabinet : Cabinet Morer, 22 rue Sainte-Anne, 31000 Toulouse — 05 61 55 45 08 — urgences 24h/24 : 06 23 36 88 03cabinet@morer-avocat.com. Si une première comparution est déjà fixée, appelez sans attendre : le dossier doit être consulté avant l'audition.

Sur les autres formes de convocation et leurs délais, voyez notre article j'ai reçu une convocation : que faire et dans quels délais.


Une mise hors de cause peut ensuite se retourner contre celui qui a signalé les faits : voyez notre article sur accusé de dénonciation calomnieuse : comment obtenir la relaxe.


Pour aller plus loin, retrouvez l'ensemble de nos articles dans la rubrique Procédure pénale.

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