Que faire si l'artisan n'a pas d'assurance décennale ?
- Joris Morer

- 13 juil.
- 6 min de lecture
Des désordres apparaissent après vos travaux (fissures, infiltrations, défauts structurels) et vous découvrez que l'artisan n'a jamais souscrit d'assurance décennale. C'est l'une des situations les plus redoutées en droit de la construction : la garantie censée vous protéger pendant dix ans n'existe pas. Faut-il tout supporter seul ? Non. L'absence d'assurance décennale ne supprime pas la responsabilité de l'artisan, elle la rend simplement plus difficile à mobiliser. Des recours existent, mais leur efficacité dépend d'une action méthodique et rapide.
Voici le guide complet.
Rappel : l'assurance décennale est une obligation légale
Depuis la loi Spinetta du 4 janvier 1978, tout professionnel de la construction a l'obligation de souscrire une assurance de responsabilité civile décennale avant l'ouverture du chantier (article L.241-1 du Code des assurances).
Cette obligation concerne tous les intervenants, quelle que soit leur forme juridique ou la taille de leur structure : artisans, auto-entrepreneurs, micro-entreprises, entrepreneurs, maîtres d'œuvre, architectes, promoteurs, constructeurs de maisons individuelles. Un maçon, un charpentier, un couvreur, un électricien ou un plombier intervenant sur un élément structurant y est soumis au même titre qu'une grande entreprise.
Le professionnel doit remettre au maître d'ouvrage une attestation d'assurance décennale, jointe à ses devis et factures (article L.243-2 du Code des assurances). L'absence de cette attestation est un signal d'alarme à ne jamais ignorer.
Comment vérifier si l'artisan est réellement assuré ?
Avant même d'envisager un litige, il faut établir avec certitude l'absence ou l'insuffisance d'assurance. Plusieurs vérifications s'imposent :
Exigez l'attestation avant tout démarrage de chantier et vérifiez attentivement les dates de validité : un contrat décennal ne court que sur une année, un contrat expiré n'offre aucune protection.
Contactez directement l'assureur mentionné sur l'attestation pour confirmer l'authenticité de la police, sa validité au moment des travaux et la correspondance SIRET / raison sociale.
Vérifiez que l'activité concernée est bien couverte : c'est un piège majeur. 38 % des refus d'indemnisation décennale sont liés à une activité non déclarée au contrat. Un peintre assuré uniquement pour la peinture qui pose du carrelage ne sera pas couvert pour ce carrelage même s'il a une attestation.
Présenter une attestation falsifiée constitue un faux et usage de faux (article 441-1 du Code pénal), ce qui aggrave la situation de l'artisan.
Les conséquences pour vous, maître d'ouvrage
Lorsque l'artisan n'est pas assuré, votre exposition financière s'accroît considérablement. En cas de désordres graves, c'est vous qui risquez de devoir avancer les frais de réparation, avec des montants qui peuvent atteindre plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d'euros.
Le risque central est celui de l'insolvabilité de l'artisan. Un professionnel non assuré est, par définition, moins fiable financièrement et s'il fait faillite, vous pouvez vous retrouver sans recours solvable, même après avoir gagné votre procès.
Un piège souvent ignoré en cas de revente
Si vous revendez votre bien dans les 10 ans suivant les travaux, vous engagez votre responsabilité personnelle envers l'acquéreur pour la garantie décennale des travaux non assurés. L'absence d'assurance de l'artisan devient alors votre problème.
Recours 1 : L'action directe : mais contre qui ?
Contrairement à une situation où l'artisan est assuré, vous ne pouvez pas exercer d'action directe contre un assureur décennal puisqu'il n'y en a pas. Le recours se dirige donc directement contre l'artisan, sur le fondement de sa responsabilité décennale personnelle.
L'artisan non assuré reste présumé responsable des désordres décennaux (atteinte à la solidité de l'ouvrage ou impropriété à destination) pendant 10 ans à compter de la réception. Cette présomption joue en votre faveur : vous n'avez pas à prouver une faute, seulement l'existence du désordre et son caractère décennal.
La justice peut condamner l'artisan à payer le coût des réparations en plus des dommages et intérêts sur son patrimoine personnel ou professionnel. Le problème n'est donc pas juridique, il est financier : tout dépend de sa solvabilité.
Recours 2 : L'assurance dommages-ouvrage : votre meilleure protection
Si vous avez souscrit une assurance dommages-ouvrage qui est obligatoire pour le maître d'ouvrage en construction neuve (article L.242-1 du Code des assurances), c'est votre bouée de sauvetage.
Cette assurance permet le préfinancement des réparations des désordres de nature décennale sans avoir à rechercher les responsabilités ni attendre une décision de justice.
Elle vous indemnise, puis se retourne elle-même contre l'artisan ou son assurance.
C'est précisément dans les situations d'artisan non assuré ou insolvable que la dommages-ouvrage montre toute son utilité. Si vous l'avez souscrite, déclarez immédiatement le sinistre.
Recours 3 : L'action pour préjudice de défaut d'assurance
Il existe un recours spécifique, distinct de l'action en garantie des désordres.
Le fait pour l'artisan de ne pas avoir souscrit d'assurance décennale avant l'ouverture du chantier constitue en soi un préjudice pour le maître d'ouvrage (Cass. civ., 23 novembre 2005).
Vous pouvez agir contre l'artisan dans un délai de 5 ans pour faire valoir ce préjudice distinct (article 2224 du Code civil). Vous devrez rapporter la preuve de l'absence d'assurance et justifier l'existence des malfaçons.
La procédure étape par étape
Étape 1 : La mise en demeure
Adressez à l'artisan une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, exigeant sous un délai précis (8 à 15 jours) soit la production de l'attestation d'assurance manquante, soit la reprise des désordres, soit l'arrêt du chantier si celui-ci est en cours.
Étape 2 : L'expertise
Faites constater les désordres. En cas d'urgence ou de contestation, saisissez le juge des référés pour obtenir une expertise judiciaire (article 145 du Code de procédure civile), qui établira la nature des désordres, leurs causes et le coût des réparations avant toute dégradation supplémentaire. Le rapport d'expertise est la pièce maîtresse pour prouver la responsabilité et chiffrer le préjudice.
Étape 3 : Le référé provision et l'exécution
Le référé permet aussi d'obtenir des mesures d'urgence si les travaux inachevés présentent un danger, ainsi qu'une éventuelle provision sur dommages et intérêts.
Étape 4 : L'action au fond
Si l'amiable échoue, saisissez le tribunal judiciaire (ou le tribunal de commerce si l'artisan est commerçant) du lieu de situation de l'immeuble. Le juge peut condamner l'artisan à réparer, à indemniser, voire prononcer la résolution du contrat. L'avocat est obligatoire au-delà de 10 000 euros.
Quelles sanctions encourt l'artisan non assuré ?
Le défaut d'assurance décennale est une infraction pénale. L'article L.243-3 du Code des assurances prévoit 6 mois d'emprisonnement et jusqu'à 75 000 euros d'amende.
En pratique, les tribunaux prononcent généralement des amendes plus modérées (de 2 000 à 5 000 euros) et des peines d'emprisonnement rares, souvent avec sursis. Mais l'infraction est inscrite au casier judiciaire, et l'artisan encourt aussi des mesures administratives : suspension d'activité, radiation des annuaires professionnels, exclusion des marchés publics.
À noter : ces sanctions pénales ne s'appliquent pas à un particulier qui construit un logement pour l'occuper lui-même ou le faire occuper par un membre de sa famille, ni aux personnes morales de droit public.
Le cas du sous-traitant non assuré
Attention à une subtilité importante : les sous-traitants sont exclus du champ de la garantie décennale, car ils n'ont pas de lien contractuel direct avec le maître d'ouvrage. Le sous-traitant qui réalise des travaux soumis à garantie décennale doit néanmoins disposer de sa propre assurance, et l'assurance du donneur d'ordre ne le couvre pas pour sa responsabilité personnelle.
Contre un sous-traitant, votre recours se fonde sur sa responsabilité délictuelle, une voie différente qui nécessite l'assistance d'un avocat pour identifier le bon fondement.
Comment se protéger avant de démarrer un chantier ?
La prévention reste le meilleur rempart. Avant de confier des travaux :
exigez systématiquement l'attestation d'assurance décennale en cours de validité, et refusez de démarrer le chantier sans elle ;
vérifiez les dates et que l'activité précise confiée figure bien dans le contrat ;
contactez l'assureur en cas de doute pour confirmer l'authenticité de la police ;
souscrivez une assurance dommages-ouvrage pour toute construction neuve ou rénovation lourde ;
échelonnez les paiements selon l'avancement réel des travaux ;
si l'artisan refuse ou esquive la question de l'assurance, interrompez la relation contractuelle, vous êtes en droit de le faire.
Votre artisan n'a pas d'assurance décennale à Toulouse ou partout en France ?
Désordres apparus, artisan non assuré ou insolvable, dommages-ouvrage à mobiliser, sous-traitant à mettre en cause : établir la responsabilité et sécuriser le recouvrement exige une stratégie rigoureuse. Valentine Rybak, juriste spécialisée en droit de la construction, et Maître Joris Morer, avocat au barreau de Toulouse, constituent le dossier de preuves, engagent le référé expertise et défendent vos intérêts jusqu'à l'indemnisation.
Contactez le Cabinet Morer sans attendre : par téléphone au 06.23.36.88.03, par courriel à cabinet@morer-avocat.com ou via le formulaire de contact sur morer-avocat.com.



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