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Le syndic peut-il imposer des travaux sans vote des copropriétaires ?

Photo du rédacteur: Joris Morer
Joris Morer
il y a 6 jours
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 24 heures

Un échafaudage est monté dans la cour. Un appel de fonds arrive pour un chantier dont personne n'a entendu parler. Le procès-verbal de la dernière assemblée ne mentionne rien. La question vient naturellement : le syndic avait-il le droit ?


La réponse de principe est non. Le syndic n'a aucun pouvoir de décision sur les travaux : il exécute ce que l'assemblée générale a voté. Mais il existe trois situations dans lesquelles des travaux se font légalement sans vote spécifique, et une seule constitue une véritable exception. Savoir laquelle est invoquée, et vérifier si ses conditions sont réunies, détermine si vous devez payer.


Le principe : le syndic exécute, il ne décide pas


La loi du 10 juillet 1965 répartit clairement les rôles. L'assemblée générale des copropriétaires est l'organe de décision : c'est elle qui vote les travaux, à des majorités variables selon leur nature. Le syndic, lui, administre l'immeuble, en assure la conservation, la garde et l'entretien, et exécute les décisions prises.


Cette séparation n'est pas une formalité. Elle protège chaque copropriétaire contre l'engagement de dépenses qu'il n'a pas consenties. Un syndic qui décide seul de travaux qui auraient dû être votés commet une faute, et il s'expose à devoir rembourser le syndicat.


Les trois situations où des travaux se font sans vote spécifique

Situation

Ce que le syndic peut faire

Ce qu'il doit impérativement faire

Entretien courant compris dans le budget prévisionnel

Engager la dépense sans nouveau vote

Rester dans les limites de ce que couvre réellement le budget voté

Travaux urgents nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble

Faire exécuter les travaux de sa propre initiative

Informer immédiatement chaque copropriétaire et convoquer sans délai une assemblée générale

Décision déléguée par l'assemblée

Agir dans les limites exactes de la délégation

Ne pas excéder l'objet, le montant et la durée fixés


1. L'entretien courant : un vote déjà donné


Le budget prévisionnel voté chaque année couvre les dépenses courantes de maintenance, de fonctionnement et d'administration des parties communes et des équipements communs. En votant ce budget, l'assemblée autorise par avance ces dépenses. Le syndic n'a donc pas à revenir devant elle pour faire entretenir la chaudière, remplacer une ampoule, réparer un interphone ou faire intervenir un plombier sur une fuite ordinaire.


Ce n'est pas une exception au principe : c'est un vote déjà donné, en bloc, une fois par an.


La limite est nette. Les dépenses qui ne relèvent pas de la maintenance courante (travaux de conservation excédant l'entretien ordinaire, améliorations, études techniques, diagnostics) sont hors budget prévisionnel et doivent faire l'objet d'un vote distinct, avec leur propre appel de fonds. C'est précisément là que se logent les abus : requalifier en « entretien courant » une réfection qui n'en est pas une permet de se dispenser de l'assemblée. Un ravalement, un remplacement d'ascenseur ou une réfection de toiture ne sont jamais de l'entretien courant.


2. Les travaux urgents : la seule vraie exception


L'article 18 de la loi de 1965 autorise le syndic, en cas d'urgence, à faire procéder de sa propre initiative à l'exécution de tous les travaux nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble. C'est le fondement invoqué dans la quasi-totalité des litiges.


Deux conditions doivent être réunies, et elles sont cumulatives : la situation doit être réellement urgente, et les travaux doivent être nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble. Des travaux simplement opportuns, ou commodes à grouper avec un chantier urgent, ne remplissent pas ce critère. Les juridictions ont retenu l'urgence pour une infiltration menaçant un plafond, pour le remplacement de serrures après des cambriolages répétés, ou pour la réparation d'une canalisation d'eaux usées.


C'est le syndic qui apprécie l'urgence en premier lieu. Il peut, et a tout intérêt à, s'appuyer sur un rapport technique. Mais cette appréciation est soumise au contrôle du juge a posteriori. Si l'urgence n'était pas caractérisée, le syndic peut être tenu de rembourser intégralement au syndicat le coût des travaux qu'il a engagés seul.


La procédure que le syndic doit suivre, et que presque personne ne vérifie


Le décret du 17 mars 1967 encadre strictement cette faculté. Le syndic doit :


  • informer immédiatement et individuellement chaque copropriétaire des travaux engagés ;

  • convoquer sans délai une assemblée générale pour faire ratifier sa décision et statuer sur la suite ;

  • s'il sollicite une avance, ne demander qu'une provision plafonnée au tiers du montant du devis estimatif, et seulement après avis du conseil syndical.


Si le syndic n'a pas convoqué l'assemblée générale, les copropriétaires ne peuvent pas être contraints de payer et une approbation ultérieure des comptes ne répare pas cette omission.

C'est le point le plus utile de tout cet article. La ratification doit être demandée à une assemblée convoquée à cette fin, dans un délai raisonnable après les travaux. Faire figurer la dépense dans les comptes soumis l'année suivante à l'approbation de l'assemblée ne vaut pas ratification. Beaucoup de syndics se contentent pourtant de cette seconde voie, et cela suffit à fragiliser tout l'appel de fonds.


3. La délégation de pouvoir : un vote en amont


L'assemblée peut déléguer au syndic ou au conseil syndical le pouvoir de prendre certaines décisions, dans les limites, pour l'objet et pour la durée qu'elle fixe. Depuis la loi ELAN, une délégation plus large au conseil syndical est possible, assortie d'un budget dédié.


Là encore, ce n'est pas une absence de vote : c'est un vote donné à l'avance, dont il faut vérifier l'étendue exacte. Une délégation portant sur les décisions d'entretien ne permet pas d'engager une rénovation lourde, et un dépassement du plafond financier fixé rend la dépense contestable.


Le cas particulier de l'arrêté de péril ou d'insalubrité


Une mise en demeure administrative (arrêté de péril, injonction de mise en conformité) ne dispense pas d'un vote. Elle oblige la copropriété à agir, mais c'est toujours l'assemblée qui décide des travaux et de leur financement, et le syndic doit la convoquer.


En pratique, ces situations recoupent souvent l'urgence de l'article 18, ce qui permet au syndic d'engager les mesures conservatoires immédiates. Mais l'existence d'un arrêté ne le dispense ni de l'information individuelle, ni de la convocation, ni de la limite du tiers pour la provision.


Des travaux ont été engagés sans vote : que faire


  1. Demander par écrit le fondement invoqué. Budget prévisionnel, urgence, ou délégation ? Le syndic doit être en mesure de le dire, et les trois n'appellent pas les mêmes vérifications.


  2. Réclamer les pièces. Devis, rapport technique établissant l'urgence, courrier d'information individuelle avec sa date, avis du conseil syndical sur la provision, et surtout convocation de l'assemblée générale.


  3. Vérifier les dates. C'est le cœur du dossier : l'information a-t-elle été immédiate, l'assemblée a-t-elle été convoquée sans délai ? Un décalage de plusieurs mois affaiblit considérablement la position du syndic.


  4. Contester l'appel de fonds par écrit et de manière motivée. Attention : cesser purement et simplement de payer expose au recouvrement, avec intérêts et frais. La contestation doit être argumentée et, le cas échéant, portée devant le juge.


  5. Faire inscrire la question à l'ordre du jour de la prochaine assemblée, par lettre recommandée au syndic.


  6. Si l'assemblée a ratifié et que vous vous y êtes opposé, contester la résolution dans le délai imparti. Voyez notre article sur la contestation d'une décision d'assemblée générale.


  7. Envisager l'action en responsabilité contre le syndic, si l'urgence n'était pas caractérisée ou si la procédure n'a pas été respectée.


Le problème inverse, tout aussi fréquent


Le syndic qui agit sans mandat n'est pas le seul cas de figure. Le miroir existe : celui qui ne fait rien alors que les travaux ont été votés, ou qui laisse un désordre s'aggraver sans engager les mesures urgentes qui s'imposaient. Sa responsabilité peut alors être recherchée, mais à des conditions précises que nous détaillons dans notre article sur le syndic qui n'a pas fait les travaux.


Questions fréquentes


Puis-je refuser de payer ma quote-part ?

Pas unilatéralement, et pas sans risque. Un copropriétaire qui cesse de payer s'expose à une procédure de recouvrement où le syndicat dispose d'outils efficaces. Voyez notre article sur le recouvrement des charges impayées. La bonne démarche est de contester par écrit, en réclamant les pièces, et de saisir le juge si le syndic maintient sa position.


Le syndic peut-il réclamer de l'argent avant l'assemblée ?

Oui, mais dans des limites strictes : uniquement pour des travaux urgents, à hauteur d'un tiers au maximum du devis estimatif, et après avoir recueilli l'avis du conseil syndical. Un appel de fonds portant sur la totalité, ou émis sans consultation du conseil syndical, est irrégulier.


L'assemblée refuse de ratifier les travaux urgents : que se passe-t-il ?

Vis-à-vis de l'entreprise qui les a réalisés, le syndicat reste tenu : le refus de ratification ne fait pas disparaître la dette. La question se déplace alors sur le terrain de la responsabilité du syndic, dont il faut établir qu'il a engagé des travaux qui n'étaient ni urgents ni nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble.


Qui décide si la situation est urgente ?

Le syndic, en première ligne et sous sa responsabilité. Mais il ne s'agit pas d'un pouvoir discrétionnaire : le juge contrôle a posteriori si l'urgence était réellement caractérisée, et un rapport technique préalable pèse lourd dans cette appréciation.


Les travaux touchent aussi mon lot privatif. Le syndic peut-il entrer chez moi ?

L'accès à une partie privative pour des travaux sur parties communes obéit à des règles propres, et ne se déduit pas de l'urgence. Un copropriétaire doit laisser réaliser les travaux nécessaires aux parties communes, mais les modalités et l'éventuelle indemnisation du trouble se discutent.


Le conseil syndical peut-il décider à la place de l'assemblée ?

Non, sauf délégation expresse votée par celle-ci, dans les limites qu'elle a fixées. Le conseil syndical est en principe un organe de contrôle et d'assistance, pas de décision.


Les travaux se révèlent mal exécutés : que faire ?

C'est un autre débat, qui se mène contre l'entreprise et non contre le syndic. Voyez nos articles sur les malfaçons après travaux et sur la réception des travaux.


Des travaux engagés sans votre accord, à Toulouse ou partout en France


Dans ce contentieux, tout se joue sur des pièces, et rarement sur des principes. Le principe est acquis : le syndic exécute, l'assemblée décide. Ce qui se discute, c'est la qualification donnée à la dépense et le respect de la procédure. Un syndic qui a réellement fait face à une urgence, informé chaque copropriétaire le jour même, convoqué l'assemblée dans la foulée et limité sa provision au tiers du devis après avis du conseil syndical est dans une position inattaquable. Un syndic qui a engagé une réfection présentée comme urgente six mois après avoir constaté le désordre, sans rapport technique et sans convoquer l'assemblée, ne l'est pas du tout.


Entre ces deux extrêmes, la plupart des dossiers se situent dans une zone intermédiaire où l'issue dépend de ce que l'on parvient à établir : la date exacte de l'information individuelle, l'existence et le contenu du rapport ayant fondé l'urgence, le montant réellement appelé au regard du devis, la date de la convocation. C'est un travail de vérification documentaire, et il doit être mené avant de contester, pas après.


Maître Joris Morer, avocat au barreau de Toulouse, intervient sur l'ensemble de ce contentieux : analyse du fondement invoqué par le syndic et des pièces produites, contestation des appels de fonds irréguliers, demandes de communication de documents, inscription de questions à l'ordre du jour, contestation des résolutions d'assemblée générale, action en responsabilité contre le syndic pour travaux engagés sans mandat comme pour défaut d'exécution de travaux votés ou urgents, et défense du syndicat des copropriétaires lorsque la contestation vient d'un copropriétaire. Il intervient devant les juridictions de la Haute-Garonne et, plus largement, partout en France.


Que vous soyez copropriétaire face à un appel de fonds que rien ne justifie, membre d'un conseil syndical s'interrogeant sur les pouvoirs du syndic, ou syndicat confronté à une contestation, un premier échange permet d'identifier le fondement réellement applicable, de recenser les pièces à réclamer et d'évaluer les chances d'une contestation. Munissez-vous des procès-verbaux des dernières assemblées, du budget prévisionnel voté, de l'appel de fonds litigieux et de toute correspondance reçue du syndic.


Pour joindre le cabinet : Cabinet Morer, 22 rue Sainte-Anne, 31000 Toulouse — 05 61 55 45 08 — urgences 24h/24 : 06 23 36 88 03 — cabinet@morer-avocat.com. Si une assemblée générale doit statuer prochainement sur la ratification de travaux déjà engagés, appelez avant sa tenue : c'est le moment où les positions se figent.


Le cabinet intervient pour les copropriétaires comme pour les syndicats de copropriétaires : voyez notre page avocat en droit de la copropriété à Toulouse.


Pour aller plus loin, retrouvez l'ensemble de nos articles dans la rubrique Droit de la copropriété.


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