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J'ai subi une arnaque à la romance qui m'a conduit à envoyer de l'argent : que faire ?

  • Photo du rédacteur: Joris Morer
    Joris Morer
  • 23 juil.
  • 9 min de lecture

Vous avez rencontré quelqu'un en ligne. La relation s'est construite sur des semaines, parfois des mois : des messages quotidiens, des projets, une confiance réelle. Puis sont venues les demandes d'argent : une panne, une opération médicale urgente, des fonds bloqués à débloquer. Aujourd'hui, vous réalisez que cette personne n'a jamais existé.


Une précision essentielle avant tout : vous n'êtes pas naïf. Ces réseaux sont organisés et emploient des techniques d'emprise redoutablement efficaces. La honte est le principal obstacle au dépôt de plainte et c'est exactement ce sur quoi comptent les escrocs. Surtout, un recours est souvent sous-estimé : celui contre votre propre banque, lorsqu'elle a laissé passer sans réagir des virements manifestement anormaux.


Voici la marche à suivre.


Les réflexes d'urgence : les 48 premières heures sont décisives


Coupez le contact sans rien supprimer


Cessez immédiatement tout paiement et rompez le contact. Mais ne supprimez rien : conversations, photos, profils, e-mails, numéros, identifiants de comptes crypto : tout constitue une preuve. Faites des captures d'écran horodatées et sauvegardez-les sur un support externe.


Contactez votre banque immédiatement


Demandez une procédure de recall (demande de retour de fonds) sur les virements récents. Si les sommes n'ont pas encore été retirées du compte destinataire, une récupération reste possible mais le délai est très court. Faites également opposition sur tout moyen de paiement communiqué. Adressez systématiquement une demande écrite et datée : elle constituera une pièce essentielle du dossier.


Signalez et déposez plainte


  • Plainte : au commissariat, à la gendarmerie, ou en ligne via la plateforme THESEE, dédiée aux escroqueries numériques. Le récépissé pourra être transmis à votre banque et à votre assureur.


  • Signalement : sur PHAROS et auprès du site de rencontre concerné, pour faire fermer le profil.


  • Information : le service Info Escroqueries (0 805 805 817, gratuit) vous oriente sur les démarches.


Méfiez-vous de la « seconde arnaque »


Quelques semaines après la fraude, une personne se présentant comme avocat, enquêteur ou « société de recouvrement spécialisée » vous contacte en promettant de récupérer vos fonds contre des frais préalables. C'est une seconde escroquerie, souvent menée par le même réseau qui revend les fichiers de victimes. Ne versez jamais d'argent à qui promet de récupérer votre argent.


Quelles infractions ont été commises ?


L'arnaque sentimentale n'est pas une simple déception amoureuse : c'est une infraction pénale, et souvent plusieurs.


L'escroquerie (article 313-1 du Code pénal)


C'est la qualification principale. L'usage d'une fausse identité et les manœuvres frauduleuses (faux documents, faux contexte, complices jouant l'avocat, le médecin ou le douanier) ayant déterminé la remise de fonds la caractérisent. Elle est punie de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende.


La peine est portée à 7 ans et 750 000 euros lorsque la victime est une personne vulnérable (en raison de son âge, d'une maladie ou d'un état de sujétion psychologique) dont l'auteur connaissait la vulnérabilité. Cette circonstance est fréquemment retenue.


Les infractions associées


  • l'abus de faiblesse (article 223-15-2), en cas d'exploitation d'un état de sujétion psychologique ;

  • le chantage (article 312-10), notamment en cas de « sextorsion » ;

  • l'usurpation d'identité (article 226-4-1), lorsque l'escroc a utilisé les photos d'une personne réelle ;

  • le blanchiment, s'agissant des circuits de recyclage des fonds.


Puis-je obtenir un remboursement de ma banque ? La question centrale


C'est le point le plus important et le plus mal compris.


Pourquoi le régime des fraudes bancaires classiques ne s'applique pas


Dans une arnaque au faux conseiller bancaire (spoofing), la victime valide une opération sans savoir qu'elle transfère de l'argent : l'opération est juridiquement non autorisée, et la banque doit rembourser sauf négligence grave (articles L.133-18 et suivants du Code monétaire et financier).


Dans une arnaque sentimentale, vous avez volontairement ordonné le virement. L'opération est donc autorisée, même si votre consentement a été obtenu par tromperie. Le mécanisme de remboursement automatique ne s'applique pas.


Mais un autre fondement existe : le devoir de vigilance de la banque


C'est ici que se joue l'essentiel. Sur le fondement de l'article 1231-1 du Code civil, la banque qui contracte avec un particulier est tenue d'un devoir de vigilance qui l'oblige à relever les anomalies apparentes dans le fonctionnement des comptes de ses clients.


Ce devoir coexiste avec le principe de non-immixtion (la banque n'a pas à s'ingérer dans la gestion des affaires de son client) que les établissements invoquent systématiquement pour refuser toute responsabilité. Mais la jurisprudence est constante : la non-immixtion cesse devant l'anomalie apparente. Le banquier doit alors s'interroger, alerter, voire suspendre l'opération.


Quelles sont les « anomalies apparentes » que la banque doit détecter ?


Les juges raisonnent par faisceau d'indices, dans une analyse concrète. Le professionnel doit notamment vérifier :


  • si le virement émane bien du titulaire du compte ;

  • s'il ne présente pas d'anomalie apparente, qu'elle soit formelle (incohérence matérielle, rejet technique, discordance de nom) ou intellectuelle (opération qui n'a aucun sens au regard de la situation du client) ;

  • si l'opération n'est pas manifestement inhabituelle dans la pratique du client ;

  • la localisation du bénéficiaire et la destination des fonds.


Dans les dossiers d'arnaque sentimentale, plusieurs indices reviennent constamment :


  • des virements répétés sur une courte période, portant sur des sommes élevées ;

  • des transferts vers des comptes à l'étranger, notamment vers des néobanques, sans lien avec la vie du client ;

  • une rupture totale avec le fonctionnement habituel du compte : par exemple la ponction rapide d'une épargne constituée sur des décennies ;

  • l'âge et la situation du client : un titulaire âgé, retraité, aux revenus modestes et sans culture financière ;

  • des incidents techniques sur certaines opérations (rejet d'un virement, discordance de nom) qui auraient dû déclencher une vérification ;

  • des virements adressés à des bénéficiaires sans lien apparent avec le client, présentés comme « l'avocat » ou « le notaire » d'un tiers.


La Cour de cassation a jugé en ce sens que des opérations « très nombreuses sans justifications apparentes au regard d'un fonctionnement normal », avec des « mouvements de fonds rapprochés et portant sur des sommes élevées », auraient dû attirer l'attention de la banque et la conduire à s'interroger sur les risques de détournement (Cass. com., 5 avril 2023, n° 21-22.300).


Elle l'a confirmé récemment (Cass. com., 19 novembre 2025, n° 24-18.534) à propos d'ordres de paiement vers des banques étrangères, sans lien avec l'activité connue du client : ces circonstances conféraient aux virements un caractère manifestement inhabituel doublé d'une anomalie intellectuelle, l'âge avancé du titulaire (78 ans) étant expressément relevé.


Localement, la cour d'appel de Toulouse a retenu, dans une décision du 17 septembre 2024 (n° 22/03257), l'âge de la cliente (67 ans au moment des faits) parmi les éléments engageant la responsabilité de la banque.


Qui doit prouver quoi ? Un point décisif en faveur des victimes


Les banques opposent presque toujours le même argument : « votre conseiller vous a mise en garde, vous n'avez pas écouté ». Mais cette affirmation doit être prouvée.


En application de l'article 1353 du Code civil, il appartient à celui qui prétend être libéré d'une obligation de justifier de son exécution. La Cour de cassation l'a rappelé nettement : la cour d'appel qui exige du client qu'il démontre l'absence de conseil viole ce texte (Cass. 1re civ., 27 novembre 2024, n° 23-13.193). C'est donc au professionnel de rapporter la preuve qu'il a bien exécuté ses obligations d'information, de mise en garde et de vigilance.


En pratique, une banque qui se contente d'affirmer qu'une alerte orale a été délivrée, sans produire aucun écrit (courrier, courriel, note d'entretien, convocation) ne satisfait pas à cette exigence. Et il serait absurde d'exiger de la victime qu'elle produise la trace d'échanges qui n'ont jamais eu lieu.


À noter également : l'article L.133-23 du Code monétaire et financier précise que l'utilisation de l'instrument de paiement ne suffit pas, à elle seule, à prouver que l'opération a été autorisée ni que le client a commis une négligence grave.


Un dossier illustratif suivi par le cabinet


Le Cabinet Morer défend actuellement, devant une juridiction, une cliente âgée de plus de 75 ans, retraitée aux revenus modestes, victime d'une arnaque sentimentale nouée sur un réseau social.


Sur une courte période, elle a réalisé une dizaine de virements pour un total d'environ 60 000 euros, prélevés sur l'épargne d'un compte joint constituée depuis des décennies. Les six premiers, d'un montant total de plus de 10 000 euros, étaient destinés au compte d'un tiers présenté comme « l'avocat » de son correspondant. Les suivants, pour près de 53 000 euros, ont été adressés à une néobanque étrangère.


La banque n'a jamais alerté sa cliente, n'a demandé aucun justificatif malgré la répétition, l'importance et le resserrement des opérations, n'a pas réagi à la destination étrangère des fonds, ni averti le cotitulaire du compte joint, également titulaire des sommes virées.


Cet exemple n'est pas à la marge, de nombreuses personnes tombent dans des pièges similaires sans que leur banque ne réagisse.


Au-delà de 10 000 euros de préjudice financier, il faut saisir le Tribunal Judiciaire au fond. L'action en responsabilité contre la banque se prescrit par 5 ans.


Peut-on retrouver les auteurs et récupérer les fonds ?


Ces réseaux opèrent fréquemment depuis l'étranger, ce qui limite les moyens d'action des autorités. Mais plusieurs éléments jouent en votre faveur.


Le traçage des flux financiers


Les fonds transitent presque toujours par des comptes relais en France ou en Europe avant d'être dispersés. Ces comptes sont souvent ouverts au nom de « mules » (parfois recrutées elles-mêmes par tromperie) qui, elles, sont identifiables. La saisine du procureur permet des réquisitions bancaires que vous ne pouvez pas obtenir seul.


Les cryptomonnaies ne sont pas anonymes


Les transferts en cryptomonnaies sont traçables sur la blockchain. Les enquêteurs spécialisés remontent régulièrement jusqu'aux plateformes d'échange, soumises à des obligations d'identification de leurs clients.


Le regroupement de victimes


Ces réseaux utilisent les mêmes photos et les mêmes scénarios auprès de nombreuses victimes. Le regroupement de plaintes démontre le caractère organisé de la fraude, facilite l'identification des comptes relais et incite le parquet à ouvrir une information judiciaire plutôt qu'à classer sans suite.


Comment obtenir réparation de son préjudice ?


Deux voies, complémentaires :


Contre les auteurs, par la constitution de partie civile devant le tribunal correctionnel : préjudice financier, préjudice moral (particulièrement important dans ces dossiers) et frais d'avocat au titre de l'article 475-1 du Code de procédure pénale. Si les condamnés ne paient pas, le SARVI peut avancer les sommes (100 % jusqu'à 1 000 euros, puis 30 %), et la CIVI indemniser certaines victimes sous conditions.


Contre la banque, par une action civile fondée sur le manquement au devoir de vigilance : cette voie a l'avantage décisif de viser un débiteur solvable, là où les auteurs sont souvent introuvables ou insolvables. C'est fréquemment la seule perspective réaliste de récupération.


Le délai pour agir : l'escroquerie se prescrit par 6 ans, mais ce délai ne court, pour les infractions dissimulées, qu'à compter du jour où les faits ont pu être constatés : souvent la prise de conscience de la fraude. L'action contre la banque se prescrit par 5 ans.


Un point de vigilance : ne devenez pas complice sans le savoir


Certains escrocs demandent à leur victime de recevoir des fonds sur son compte puis de les retransférer, ou d'ouvrir un compte à leur profit. Ce faisant, la victime devient juridiquement une « mule » susceptible d'être poursuivie pour blanchiment, y compris si elle ignorait l'origine des fonds.


Si vous êtes dans cette situation : ne retransférez rien, signalez immédiatement les mouvements à votre banque et déposez plainte sans attendre. La démarche spontanée est déterminante pour établir votre bonne foi.


Et sur le plan personnel ?


Ces escroqueries laissent des traces qui ne sont pas seulement financières : perte de confiance, sentiment de honte, isolement, parfois troubles anxieux ou dépressifs que les juridictions indemnisent d'ailleurs au titre du préjudice moral, sur présentation de justificatifs médicaux.


Rien de tout cela n'est de votre faute. L'association France Victimes (116 006, appel gratuit, 7 jours sur 7) propose un accompagnement gratuit et confidentiel, à la fois psychologique et juridique. En parler est aussi une étape utile : le silence est ce qui protège le mieux les escrocs.


Comment reconnaître une arnaque à la romance ?


Les signaux constants sont :


  • un profil trop parfait, avec peu de photos : souvent militaire, médecin humanitaire, ingénieur expatrié ou entrepreneur à l'étranger ;

  • un refus systématique de la vidéo en direct, sous des prétextes variés ;

  • une accélération affective rapide : déclarations d'amour et projets de vie en quelques semaines ;

  • la migration rapide vers une messagerie privée hors de la plateforme de rencontre ;

  • une première demande d'argent modeste, suivie d'autres, croissantes et toujours urgentes ;

  • l'intervention de tiers présentés comme professionnels (avocat, notaire, douanier, médecin) pour crédibiliser le scénario ;

  • des modes de paiement peu traçables : virements vers l'étranger, néobanques, cartes prépayées, cryptomonnaies ;

  • une culpabilisation en cas d'hésitation, ou une disparition brutale suivie d'un retour.


Victime d'une arnaque sentimentale à Toulouse ou partout en France ?


Plainte et signalement, analyse des relevés pour caractériser les anomalies apparentes, mise en cause de la banque au titre de son devoir de vigilance, contestation d'un avis de médiateur défavorable, traçage des flux, constitution de partie civile : lorsque les auteurs sont introuvables, l'action contre l'établissement bancaire est souvent la seule voie réaliste d'indemnisation. Le Cabinet Morer, avocat pénaliste à Toulouse, défend les victimes d'escroqueries sentimentales, sans jugement et en toute confidentialité, partout en France.


Contactez le Cabinet Morer sans attendre : par téléphone au 06.23.36.88.03, par courriel à cabinet@morer-avocat.com ou via le formulaire de contact sur morer-avocat.com.

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