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Qu'est-ce que l'abus de biens sociaux et comment se défendre ?

  • Photo du rédacteur: Joris Morer
    Joris Morer
  • il y a 8 heures
  • 7 min de lecture

Une note de frais contestée, un véhicule de société utilisé à titre privé, une rémunération jugée excessive, un prêt consenti à une autre de ses sociétés : le dirigeant peut se retrouver, parfois à sa grande surprise, poursuivi pour abus de biens sociaux (ABS).


Ce délit (l'un des plus redoutés du droit pénal des affaires) expose à 5 ans d'emprisonnement, 375 000 euros d'amende et surtout à l'interdiction de gérer.


Pourtant, l'ABS est un délit intentionnel aux contours précis : l'accusation doit démontrer chacun de ses éléments, et la Cour de cassation censure régulièrement les condamnations insuffisamment motivées. Une défense rigoureuse, centrée sur l'intérêt social et la mauvaise foi, fait souvent la différence.


Voici ce qu'il faut comprendre.


Qu'est-ce que l'abus de biens sociaux ?


L'abus de biens sociaux est le fait, pour un dirigeant, de faire des biens ou du crédit de la société un usage qu'il sait contraire à l'intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société dans laquelle il est intéressé directement ou indirectement.


Il est prévu par deux textes principaux du Code de commerce : l'article L.241-3 pour les SARL, et l'article L.242-6 pour les sociétés anonymes, texte étendu par renvoi aux SAS et SASU.


Quelles sociétés sont concernées ? Une limite essentielle


C'est un point de défense majeur, récemment réaffirmé.


L'ABS ne s'applique qu'aux sociétés à risque limité expressément visées par la loi : SARL, EURL, SA, SAS, SASU, sociétés en commandite par actions. Il ne concerne pas les sociétés civiles (SCI, SCP), les sociétés en nom collectif, ni les sociétés étrangères.

La chambre criminelle l'a rappelé avec force dans un arrêt du 8 octobre 2025, cassant une condamnation qui avait assimilé au patrimoine d'une société anonyme les biens immobiliers appartenant à des SCI qui en étaient les filiales. Pour ces formes sociales exclues, les agissements comparables relèvent de l'abus de confiance (article 314-1 du Code pénal), dont les peines sont identiques mais dont les éléments constitutifs diffèrent.


Quels sont les trois éléments constitutifs de l'ABS ?


L'infraction suppose la réunion de trois conditions cumulatives. Si une seule fait défaut, le délit n'est pas caractérisé.


1. Un usage des biens ou du crédit de la société


L'« usage » est entendu largement : prélèvement de fonds, utilisation d'un véhicule, d'un logement ou de matériel de la société, mobilisation de salariés à des fins privées, ou engagement du crédit de la société (caution, garantie) au profit d'un tiers. Il peut s'agir d'un acte positif comme, dans certains cas, d'une abstention.


2. Un usage contraire à l'intérêt social


C'est le cœur du délit. L'acte doit exposer la société à un risque anormal auquel elle ne devrait pas être exposée. Point important confirmé par la jurisprudence : le préjudice effectif n'a pas à être démontré : le simple fait d'avoir fait courir à la société un risque anormal suffit. Un acte conforme à l'intérêt de la société, même risqué ou maladroit, ne constitue pas un ABS.


3. La mauvaise foi et un intérêt personnel


L'ABS est un délit intentionnel. Le dirigeant doit avoir agi en sachant que l'usage était contraire à l'intérêt social, et l'avoir fait à des fins personnelles : directes (enrichissement) ou indirectes (favoriser une autre société dans laquelle il a un intérêt, entretenir des relations, servir sa réputation).


La chambre criminelle est stricte sur ce point : dans son arrêt du 8 octobre 2025, elle a cassé une condamnation faute pour la cour d'appel d'avoir suffisamment motivé en quoi les dirigeants avaient, de mauvaise foi, fait des biens de la société un usage qu'ils savaient contraire à son intérêt. Le juge ne peut déclarer un prévenu coupable sans caractériser tous les éléments constitutifs.


Quelques exemples concrets d'abus de biens sociaux


La jurisprudence a retenu l'ABS notamment pour :


  • l'utilisation d'un bien de la société (yacht, véhicule, résidence) exclusivement à des fins privées, sans lien avec l'activité ;

  • le paiement par la société de dépenses personnelles du dirigeant (travaux, voyages d'agrément, frais de famille) ;

  • l'octroi au dirigeant d'une rémunération manifestement excessive au regard des services rendus ou de la situation de la société ;

  • le versement de fonds à une autre société du dirigeant, sans contrepartie réelle pour la société qui paie ;

  • la prise en charge de dépenses fictives ou l'usage de fausses factures.


À l'inverse, ne constituent pas un ABS des dépenses engagées dans l'intérêt de la société, même si elles se révèlent inopportunes, ni des avantages régulièrement décidés et justifiés.


Le cas particulier du groupe de sociétés


Un dirigeant qui fait circuler des fonds entre plusieurs sociétés d'un même groupe n'est pas nécessairement coupable d'ABS. La jurisprudence admet, sous conditions strictes (la « jurisprudence Rozenblum »), que des concours financiers entre sociétés d'un groupe échappent à la qualification d'ABS si :


  • le groupe est structuré et cohérent ;

  • l'opération répond à un intérêt économique, social ou financier commun, apprécié au regard d'une politique de groupe ;

  • elle comporte une contrepartie et ne rompt pas l'équilibre entre les engagements des sociétés concernées ;

  • elle n'excède pas les capacités financières de la société qui en supporte la charge.


Cet argument de défense est puissant, mais son maniement est technique : les conditions sont cumulatives et strictement appréciées.


Quelles peines encourt le dirigeant ?


Les peines principales


L'abus de biens sociaux est puni de 5 ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. Lorsque les faits sont commis au moyen ou à l'occasion d'une offre au public de titres, les peines sont aggravées.


Les peines complémentaires


Le tribunal peut prononcer, notamment :


  • l'interdiction de gérer (article L.249-1 du Code de commerce et article 131-27 du Code pénal), l'une des sanctions les plus lourdes de conséquences ;

  • l'interdiction des droits civiques, civils et de famille ;

  • l'interdiction d'exercer une fonction publique ou l'activité professionnelle concernée ;

  • l'affichage ou la diffusion de la décision.


Les conséquences civiles


Au-delà du pénal, le dirigeant peut être condamné à rembourser les sommes en cause et à indemniser la société et les associés du préjudice subi. La société, les associés et, en cas de procédure collective, le liquidateur, peuvent se constituer partie civile.


Qui peut déclencher les poursuites ?


Les sources de poursuite sont nombreuses :


  • les associés ou actionnaires, par une plainte simple ou avec constitution de partie civile ;

  • le commissaire aux comptes, légalement tenu de révéler les faits délictueux au procureur (article L.823-12 du Code de commerce), sous peine d'engager sa propre responsabilité ;

  • le liquidateur judiciaire en cas de procédure collective ;

  • l'administration fiscale, si elle découvre les faits lors d'un contrôle ;

  • le ministère public, sur signalement ou de sa propre initiative.


En pratique, l'ABS surgit très fréquemment à l'occasion d'un conflit entre associés, d'un contrôle fiscal ou de l'ouverture d'une procédure collective.


Dans quel délai peut-on être poursuivi ? La question clé de la prescription


L'ABS se prescrit par 6 ans, mais son point de départ obéit à une règle jurisprudentielle très défavorable au dirigeant : l'ABS étant considéré comme une infraction occulte ou dissimulée, le délai ne court qu'à compter du jour où le délit est apparu et a pu être constaté dans des conditions permettant l'exercice des poursuites, dans la limite d'un délai butoir de 12 ans à compter de la commission des faits (article 9-1 du Code de procédure pénale).


Concrètement, un abus commis il y a plusieurs années peut encore être poursuivi s'il n'a été découvert que récemment : par exemple à l'examen des comptes lors d'une cession, d'un contrôle ou d'une liquidation.


La prescription reste néanmoins un moyen de défense de premier ordre, à examiner systématiquement.


Comment se défendre face à une accusation d'abus de biens sociaux ?


La défense repose principalement sur la contestation d'au moins un des trois éléments constitutifs, ainsi que sur plusieurs axes complémentaires.


Démontrer la conformité à l'intérêt social


C'est l'angle central. Établir que la dépense, l'avantage ou l'opération répondait à un intérêt réel de la société (développement commercial, fidélisation, nécessité opérationnelle) fait tomber la qualification. Les justificatifs (contrats, comptes rendus, correspondances) sont ici déterminants.


Contester la mauvaise foi


L'ABS exige la conscience du caractère contraire à l'intérêt social. L'absence d'intention frauduleuse, la bonne foi, la transparence des opérations (décisions régulièrement votées, mentions dans les comptes) sont des arguments forts. Attention toutefois : la seule incompétence comptable ou l'éloignement du dirigeant des tâches administratives n'exonèrent pas de sa responsabilité.


Invoquer la logique de groupe


Lorsque les faits s'inscrivent dans un groupe de sociétés, la démonstration d'un intérêt commun, d'une contrepartie et d'un équilibre financier (jurisprudence Rozenblum) peut écarter le délit.


Contester le champ d'application


Si la société concernée n'est pas de celles visées par les textes (SCI, SNC, société étrangère), l'ABS ne peut être retenu quitte à ce que le débat se déplace sur le terrain, distinct, de l'abus de confiance.


Soulever la prescription


Le point de départ de la prescription doit être précisément discuté : la date réelle de découverte des faits peut rendre l'action irrecevable.


Attaquer l'insuffisance de motivation et de preuve


La jurisprudence récente de la chambre criminelle impose la caractérisation de tous les éléments constitutifs. Une accusation qui se contente d'affirmer l'abus sans démontrer précisément l'usage, l'atteinte à l'intérêt social et la mauvaise foi est fragile.


Anticiper le remboursement


Le remboursement ou la compensation du préjudice n'efface pas le délit, mais peut, selon les circonstances, favoriser un classement, un non-lieu ou une dispense de peine. Cette démarche doit être maniée avec prudence et stratégie.


ABS, abus de confiance, banqueroute : ne pas confondre


Ces infractions voisines obéissent à des régimes distincts :


  • l'abus de biens sociaux sanctionne l'usage, par le dirigeant, des biens d'une société à risque limité contre l'intérêt social ;

  • l'abus de confiance (article 314-1 du Code pénal) suppose le détournement de fonds ou de biens remis à charge de les rendre ou d'en faire un usage déterminé : il s'applique notamment aux structures exclues de l'ABS (SCI, associations) ;

  • la banqueroute vise les détournements et irrégularités commis dans le cadre d'une procédure collective. La jurisprudence retient une articulation dans le temps : avant la cessation des paiements, les détournements relèvent en principe de l'ABS ; après, l'infraction spéciale de banqueroute s'applique.


Le choix de la bonne qualification est un enjeu central de la défense.


Vous êtes mis en cause pour abus de biens sociaux à Toulouse ou partout en France ?


Convocation devant le tribunal correctionnel, plainte d'un associé, signalement d'un commissaire aux comptes, découverte des faits lors d'un contrôle fiscal ou d'une liquidation : l'abus de biens sociaux est un délit intentionnel dont chaque élément doit être prouvé, et dont la qualification comme la prescription se discutent. Maître Joris Morer, avocat pénaliste au barreau de Toulouse, défend les dirigeants mis en cause comme les sociétés et associés victimes, partout en France.


Contactez le Cabinet Morer sans attendre : par téléphone au 06.23.36.88.03, par courriel à cabinet@morer-avocat.com ou via le formulaire de contact sur morer-avocat.com.

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