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Comment se défendre en comparution immédiate ?

  • Photo du rédacteur: Joris Morer
    Joris Morer
  • il y a 5 jours
  • 11 min de lecture

Vous venez d'apprendre qu'un proche, sorti de garde à vue, n'est pas rentré chez lui : il a été « déféré » et sera jugé dans la journée ou les jours qui arrivent. Ou bien c'est vous qu'on vient d'informer que vous passerez devant le tribunal correctionnel rapidement.


Dans les deux cas, il vous reste quelques heures, et une seule chose à retenir en priorité : personne ne peut être jugé le jour même sans son accord, et cet accord ne peut être donné qu'en présence d'un avocat. Refuser, c'est obtenir un renvoi de quatre à dix semaines pour préparer une vraie défense avec, en contrepartie, un risque de détention provisoire dans l'intervalle. Près de huit personnes sur dix jugées selon cette procédure sont condamnées à de la prison ferme. Ce qui suit répond, dans l'ordre où elles se posent, aux questions que se posent les familles et les prévenus pendant ces heures-là.


Que veut dire « déféré », et pourquoi mon proche n'est-il pas ressorti de garde à vue ?


Être déféré signifie être conduit, à l'issue de la garde à vue, dans les locaux du tribunal pour y être présenté à un magistrat du parquet. La personne n'est donc ni libérée, ni encore incarcérée : elle attend, généralement dans les geôles du palais de justice.


Trois points à connaître :


  • l'article 803-3 du Code de procédure pénale limite cette attente à vingt heures à compter de la fin de la garde à vue ;

  • pendant ce délai, la personne peut demander à voir un médecin, à s'alimenter et à s'entretenir avec un avocat ;

  • c'est à l'issue de cette présentation que le procureur de la République décide de l'orientation du dossier.


Le déferrement ne débouche pas nécessairement sur une comparution immédiate. Le parquet peut aussi délivrer une convocation par procès-verbal pour une audience située entre dix jours et six mois, opter pour une comparution à délai différé, ouvrir une information judiciaire, ou classer sans suite. C'est précisément parce que ce choix n'est pas encore arrêté que les observations présentées au magistrat pendant le déferrement pèsent souvent plus lourd que la plaidoirie d'audience. Ce moment prolonge directement ce qui peut suivre une garde à vue.


Comment savoir où se trouve mon proche et quand il passera devant le tribunal ?


C'est la première difficulté concrète pour les familles : personne ne vous appelle spontanément.


  • pendant la garde à vue, la personne a pu demander qu'un proche soit avisé, en application de l'article 63-2 du Code de procédure pénale ; c'est souvent par ce seul appel que vous avez été informé ;

  • une fois déféré, votre proche se trouve au tribunal judiciaire dont dépendent les faits ;

  • l'avocat est la seule personne qui obtiendra rapidement l'information utile : identité du magistrat saisi, orientation envisagée, heure prévisible de l'audience ;

  • le greffe des comparutions immédiates peut confirmer l'inscription d'un dossier au rôle de l'audience du jour, mais ne donnera pas d'information sur le fond.


En pratique, appeler un avocat pénaliste dès que vous apprenez le déferrement fait gagner plusieurs heures, celles-là mêmes pendant lesquelles le dossier de personnalité peut encore être constitué.


Peut-on assister à une audience de comparution immédiate ?


Oui. Les audiences correctionnelles sont publiques, conformément au principe posé par l'article 400 du Code de procédure pénale. Toute personne peut entrer dans la salle, sous réserve d'une décision de huis clos, exceptionnelle et motivée.


  • plusieurs dossiers sont appelés successivement : il faut souvent attendre plusieurs heures avant que celui de votre proche ne soit examiné. Les audiences de comparution immédiate débutant en général en début d'après-midi et se prolongeant parfois tard le soir ;

  • la présence physique de la famille dans la salle n'est pas un détail de procédure : elle est fréquemment évoquée à l'appui des garanties de représentation ;

  • restez silencieux pendant les débats, toute manifestation pouvant conduire à une expulsion de la salle.


Si vous devez remettre des documents, confiez-les à l'avocat avant l'audience, jamais directement au tribunal.


Faut-il prendre un avocat ou attendre l'avocat commis d'office ?


L'assistance d'un avocat est obligatoire en comparution immédiate : notre article sur les cas où l'avocat est obligatoire devant le tribunal correctionnel détaille ce cadre. La vraie question est donc celle du choix, non celle de la présence.


L'avocat commis d'office est un avocat inscrit au barreau, soumis aux mêmes obligations déontologiques que tout autre. La différence tient au temps disponible : il découvre le dossier le jour même, dispose parfois de quelques minutes par affaire et n'a eu aucun contact préalable avec la famille.


L'avocat choisi peut, lui :


  • être saisi rapidement, avant même la décision d'orientation du parquet ;

  • recevoir par voie numérique les pièces réunies par les proches et les mettre en forme ;

  • consulter le dossier tôt et préparer les moyens de nullité ;

  • s'entretenir avec le prévenu avant sa présentation au magistrat ;

  • assurer la continuité du dossier jusqu'à l'audience de renvoi, puis en appel.


Un avocat peut être choisi à tout moment.


Peut-on refuser d'être jugé le jour même ?


Oui, et c'est un droit, non une faveur. L'article 397 du Code de procédure pénale impose au président du tribunal d'avertir le prévenu qu'il ne peut être jugé séance tenante qu'avec son accord, et précise que cet accord ne peut être recueilli qu'en présence de son avocat.


Les situations où accepter d'être jugé tout de suite se défend


  • les faits sont reconnus, le dossier est simple et ne présente aucune zone d'ombre exploitable ;

  • les garanties de représentation sont solides (domicile stable, emploi, famille) et le risque de mandat de dépôt paraît faible ;

  • les pièces favorables sont déjà réunies et le prévenu est en état de comparaître, ce qui suppose qu'il ait pu bien supporter la mesure de garde à vue.


Les situations où le renvoi s'impose


  • le dossier est contesté, incomplet, ou attend une expertise, une analyse toxicologique ou une exploitation téléphonique ;

  • des attestations d'employeur, justificatifs de domicile ou pièces médicales doivent être produits ;

  • la qualification retenue paraît excessive et doit être discutée pièces en main ;

  • plusieurs prévenus sont poursuivis ensemble et leurs intérêts divergent.


Depuis l'entrée en vigueur, le 30 septembre 2024, des dispositions issues de la loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023, l'article 397-1 prévoit un délai unique de quatre à dix semaines pour la nouvelle audience, quelle que soit la peine encourue. Les anciens délais de deux à six semaines, ou de deux à quatre mois pour les faits les plus graves, ont disparu.


Si on demande un renvoi, mon proche reste-t-il en prison jusqu'au procès ?


Pas nécessairement, et c'est tout l'enjeu de l'audience. L'article 397-3 permet au tribunal de placer ou maintenir le prévenu en détention provisoire jusqu'à l'audience de renvoi, mais par décision spécialement motivée.


Deux alternatives doivent être défendues en priorité :


  • le contrôle judiciaire, assorti d'interdictions et d'obligations comme le pointage au commissariat/gendarmerie, l'interdiction de paraître dans certains lieux ou de rencontrer la victime, de remise du passeport ... ;


  • l'assignation à résidence sous surveillance électronique, qui suppose un domicile fixe et l'accord écrit de la personne qui occupe le logement. Un accord qu'il faut donc anticiper avant l'audience, même si cette mesure est très rare à ce stade. Sur les conditions concrètes de ce dispositif, voir comment obtenir un bracelet électronique devant le tribunal correctionnel.


Un point de procédure décisif est souvent négligé : la régularité matérielle de la décision. Par un arrêt du 28 octobre 2025 (pourvoi n° 25-85.293, publié au bulletin), la chambre criminelle a jugé qu'une ordonnance de placement en détention provisoire dépourvue de la signature du magistrat qui l'a rendue est inexistante au sens de l'article 145 du Code de procédure pénale : le mandat de dépôt est alors privé de base légale et la personne doit être remise en liberté, peu important la présence du sceau ou des notifications.


Combien de temps peut durer la détention provisoire avant le jugement ?


Lorsque le prévenu est détenu après un renvoi, le jugement au fond doit intervenir dans les trois mois qui suivent le jour de sa première comparution devant le tribunal. À défaut, il est mis fin à la détention provisoire. Ce délai, unifié lui aussi depuis le 30 septembre 2024, remplace les anciens délais de deux et quatre mois.


Deux précisions pratiques :


  • le point de départ est la première comparution devant le tribunal, non l'interpellation ni le placement en garde à vue ;

  • une demande de mise en liberté peut être présentée à tout moment dans l'intervalle, en s'appuyant sur les garanties réunies depuis l'audience de renvoi : un contrat de travail signé, une place en centre de soins, une attestation d'hébergement.


Le cadre général est détaillé dans notre article sur combien de temps peut durer une détention provisoire.


Quels papiers faut-il apporter au tribunal pour éviter la prison ?


C'est la question la plus utile que puisse poser une famille, parce qu'elle est la seule à laquelle elle peut répondre elle-même. Un prévenu retenu au dépôt ne peut ni téléphoner librement, ni imprimer, ni se déplacer : ce sont ses proches qui constituent matériellement son dossier de personnalité.


Les pièces à réunir dans l'heure


  • un justificatif de domicile récent, ou une attestation d'hébergement manuscrite accompagnée de la pièce d'identité et d'un justificatif de domicile de l'hébergeant ;

  • un contrat de travail, les trois derniers bulletins de salaire, une promesse d'embauche, une attestation de formation ou d'inscription à France Travail ;

  • le livret de famille, les certificats de scolarité des enfants, un jugement fixant une pension alimentaire ;

  • les justificatifs d'un suivi médical, psychologique ou addictologique en cours, et les convocations aux rendez-vous à venir ;

  • des attestations de moralité manuscrites, datées, signées, accompagnées de la copie de la pièce d'identité de leur auteur ;

  • le cas échéant, la preuve d'un premier versement d'indemnisation à la victime, toujours regardée favorablement.


Les erreurs à éviter absolument


  • contacter la victime ou les témoins pour « arranger les choses » : c'est un motif classique de placement en détention ;

  • publier quoi que ce soit sur les réseaux sociaux, ces publications étant régulièrement versées aux débats ;

  • envoyer des documents non signés, non datés, ou des photocopies de pièces d'identité illisibles ;

  • attendre l'audience pour transmettre les pièces plutôt que de les adresser à l'avocat dès le matin.


Comment se déroule concrètement l'audience, et combien de temps dure-t-elle ?


Le rythme surprend toujours les familles. L'étude du Contrôleur général des lieux de privation de liberté consacrée à cette procédure relève une durée moyenne d'environ vingt-neuf minutes par dossier, dont dix-sept minutes de débat contradictoire, six minutes de réquisitions du procureur et six minutes de plaidoirie.


Le déroulement est le suivant :


  • vérification de l'identité du prévenu et avertissement sur le droit de refuser d'être jugé le jour même ;

  • éventuellement exceptions de nullité, qui doivent être soulevées avant toute défense au fond en application de l'article 385 du Code de procédure pénale ;

  • exposé des faits, interrogatoire du prévenu, audition éventuelle de la partie civile ;

  • plaidoirie des parties civiles, s'il y en a ;

  • réquisitions du procureur de la République sur la culpabilité, la peine et le mandat de dépôt ;

  • plaidoirie de la défense ;

  • dernier mot au prévenu, qui lui appartient toujours ;

  • délibéré, le plus souvent rendu dans la foulée.


L'avocat peut aussi demander au tribunal d'ordonner un supplément d'information, ou de renvoyer le dossier au procureur lorsque la complexité de l'affaire est incompatible avec cette procédure, sur le fondement de l'article 397-2.


Peut-on sortir libre d'une comparution immédiate ?


Oui, dans plusieurs hypothèses :


  • la relaxe, lorsque les faits ne sont pas établis ou que la procédure est annulée ;

  • une peine ne comportant pas d'emprisonnement ferme : amende, jours-amende, travail d'intérêt général, sursis simple ou sursis probatoire ;

  • un emprisonnement ferme aménagé sous forme de détention à domicile sous surveillance électronique, de semi-liberté ou de placement à l'extérieur ;

  • un emprisonnement ferme assorti d'un mandat de dépôt à effet différé, l'incarcération intervenant alors à une date fixée ultérieurement ;

  • un renvoi avec placement sous contrôle judiciaire ou assignation à résidence ;

  • l'ajournement du prononcé de la peine, qui reporte la décision de plusieurs mois pour laisser le temps de démontrer une réinsertion.


Une première comparution avec un casier judiciaire vierge, des faits reconnus, un emploi et un domicile stables place statistiquement le dossier du bon côté à condition toutefois que ces éléments soient prouvés à l'audience, et non simplement affirmés.


Que veut dire « mandat de dépôt », et le prévenu part-il en prison tout de suite ?


Le mandat de dépôt est la décision par laquelle le tribunal ordonne l'incarcération immédiate. Il faut le distinguer du mandat de dépôt à effet différé, par lequel le tribunal prononce l'incarcération mais laisse au procureur de la République le soin d'en fixer la date, la personne repartant libre le jour de l'audience.


L'article 464-2 du Code de procédure pénale, dans sa rédaction en vigueur depuis le 30 septembre 2024, encadre ces décisions :


  • pour une peine inférieure ou égale à un an, le tribunal doit ordonner un aménagement, ou renvoyer le condamné devant le juge de l'application des peines pour qu'il en détermine les modalités ;

  • à partir de six mois, un mandat de dépôt à effet différé peut être décerné ;

  • au-delà d'un an, le tribunal doit spécialement motiver son refus d'aménagement ;

  • un mandat de dépôt immédiat reste possible dans les cas prévus aux articles 397-4, 465 et 465-1.


Une évolution récente ouvre un moyen de défense supplémentaire, encore peu invoqué. Par sa décision n° 2026-1195 QPC du 30 avril 2026, le Conseil constitutionnel a validé l'exécution provisoire du mandat de dépôt à effet différé sous une réserve d'interprétation : le juge doit désormais motiver spécialement cette exécution provisoire, en apprécier le caractère proportionné au regard de la liberté individuelle, tenir compte de la situation matérielle, familiale et sociale du condamné, et soumettre ces éléments à un débat contradictoire.


Un mandat de dépôt a été prononcé : que se passe-t-il dans les heures qui suivent ?


C'est le moment où les familles se retrouvent sans information, et où les recherches sur internet deviennent les plus pressantes.


  • la personne est conduite depuis le tribunal vers la maison d'arrêt du ressort ; pour Toulouse, il s'agit du centre pénitentiaire de Seysses ;

  • elle ne peut pas emporter d'effets personnels depuis la salle d'audience : tout doit être déposé ensuite à l'établissement, selon des règles strictes détaillées dans notre article sur les affaires que l'on peut apporter à un proche incarcéré ;

  • le permis de visite ne se demande pas à l'établissement lorsque la personne n'est pas définitivement condamnée : pour un prévenu, il est délivré par le magistrat saisi du dossier, dans les conditions des articles R. 57-8-8 et suivants du Code de procédure pénale, le silence gardé pendant vingt jours ouvrant un recours devant le président de la chambre de l'instruction ;

  • pour une personne définitivement condamnée, la compétence appartient au chef d'établissement pénitentiaire ;

  • prévoyez deux photographies d'identité récentes, une copie recto verso d'une pièce d'identité en cours de validité et un justificatif du lien familial ;

  • les premiers jours de détention sont les plus difficiles : signalez sans délai à l'avocat tout élément de vulnérabilité, médical, psychiatrique ou lié à un risque suicidaire.


Peut-on faire appel, et cela permet-il de sortir ?


L'appel est possible dans un délai de dix jours à compter du prononcé du jugement, en application de l'article 498 du Code de procédure pénale. Trois précisions :


  • l'appel ne suspend pas l'exécution provisoire du mandat de dépôt : la personne incarcérée le reste jusqu'à l'audience devant la cour d'appel ;

  • la déclaration d'appel peut être faite au greffe de l'établissement pénitentiaire, sans aucun déplacement ;

  • sur le seul appel du prévenu, la cour ne peut aggraver son sort ; un appel incident du parquet rouvre en revanche l'entier débat sur la peine.


Une demande de mise en liberté peut être présentée dans l'attente de l'audience d'appel, en s'appuyant sur les garanties réunies depuis le jugement. C'est souvent la voie la plus rapide.


Vous êtes convoqué en comparution immédiate, ou un proche vient d'être déféré, à Toulouse ou partout en France ?


Un appel du commissariat en fin de garde à vue, un proche retenu au dépôt du tribunal, une audience annoncée pour l'après-midi même, un mandat de dépôt requis, un renvoi à arbitrer en quelques minutes, une ordonnance de placement en détention provisoire à contester : la comparution immédiate ne laisse aucune place à l'improvisation, et chaque heure écoulée réduit les marges de la défense. Maître Joris Morer, avocat pénaliste au barreau de Toulouse, intervient dès le stade du déferrement, constitue en urgence le dossier de garanties de représentation avec les familles, soulève les nullités de procédure et défend prévenus et proches devant toutes les juridictions correctionnelles, partout en France.


Contactez le Cabinet Morer sans attendre : par téléphone au 06.23.36.88.03, par courriel à cabinet@morer-avocat.com ou via le formulaire de contact sur morer-avocat.com.

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