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Un héritier peut-il occuper seul la maison familiale en indivision ?

  • Photo du rédacteur: Joris Morer
    Joris Morer
  • 26 juil.
  • 5 min de lecture

Après un décès, il est fréquent qu'un des enfants continue d'habiter la maison familiale parce qu'il y vivait déjà, ou parce qu'il s'y installe. Pour les autres héritiers, la question se pose vite : est-ce légal ? A-t-il le droit d'occuper seul un bien qui appartient à tous ?


La réponse est nuancée : oui, un héritier peut occuper le bien indivis, mais à deux conditions : respecter la destination du bien et, surtout, ne pas porter atteinte aux droits des autres. Et cette occupation privative a un prix : elle rend l'occupant redevable d'une indemnité d'occupation envers l'indivision.


Voici précisément ce que dit le droit et quels sont les recours des cohéritiers.


Le principe : occuper est possible, mais encadré


Au décès d'une personne laissant plusieurs héritiers, ses biens entrent automatiquement en indivision successorale. Chaque héritier devient propriétaire d'une quote-part de l'ensemble des biens, sans qu'aucun ne soit propriétaire exclusif d'une pièce, d'un étage ou d'une partie précise.


L'article 815-9 du Code civil pose le principe : chaque indivisaire peut user et jouir des biens indivis, conformément à leur destination, dans la mesure où cet usage est compatible avec le droit des autres coïndivisaires.


Deux limites encadrent donc l'occupation :


  • Le respect de la destination du bien : une maison d'habitation doit rester un logement : l'occupant ne peut pas la transformer en local commercial ou professionnel sans l'accord des autres.


  • Le respect des droits des autres héritiers : c'est la limite centrale. L'héritier qui occupe seul bénéficie d'un avantage dont les autres sont privés, ce qui rompt l'égalité entre cohéritiers.


En pratique, un héritier ne peut donc pas s'approprier durablement la maison contre la volonté des autres. Ces derniers peuvent réagir de deux façons : réclamer une indemnité d'occupation, et/ou provoquer le partage au besoin la vente du bien.


La contrepartie obligatoire : l'indemnité d'occupation


C'est la conséquence la plus importante. L'article 815-9, alinéa 2, du Code civil est clair : l'indivisaire qui use ou jouit privativement de la chose indivise est, sauf convention contraire, redevable d'une indemnité.


Cette indemnité compense le fait qu'un héritier bénéficie seul d'un bien appartenant à tous. Elle est due à l'indivision c'est-à-dire qu'elle vient grossir la masse à partager, profitant à l'ensemble des héritiers au prorata de leurs droits.


À partir de quand est-elle due ?


L'indemnité court à compter du début de l'occupation privative et jusqu'au partage définitif de la succession (ou jusqu'à la remise du bien à disposition de l'indivision).

Une jurisprudence récente qui élargit la notion


La Cour de cassation a précisé et renforcé cette obligation :


  • l'indemnité peut être due même en l'absence d'occupation effective, dès lors que la jouissance privative résulte de l'impossibilité, en droit ou en fait, pour les autres indivisaires d'user du bien. Par exemple lorsque l'occupant conserve les clés et empêche l'accès (Cass. 1re civ., 7 février 2024) ;


  • l'indemnité reste due même si le bien est dégradé ou en mauvais état : l'occupation privative ne disparaît pas au motif que la maison a une faible valeur (Cass. 1re civ., 27 mars 2024) ;


  • le juge ne peut fixer une indemnité courant jusqu'au partage futur sans réserver le cas où le bien serait remis à disposition de l'indivision avant cette date (Cass. 1re civ., 12 juin 2025, publié au Bulletin).


Comment se calcule l'indemnité d'occupation ?


L'indemnité est évaluée par référence à la valeur locative du bien c'est-à-dire au loyer qu'il aurait produit s'il avait été loué sur le marché local pendant la période d'occupation.

Le juge tient compte de plusieurs paramètres :


  • la valeur locative du bien sur le marché local ;

  • la durée de l'occupation exclusive ;

  • l'état du bien et son emplacement.


En pratique, l'indemnité est souvent fixée à un montant légèrement inférieur au loyer de marché (fréquemment 10 à 20 % de moins), pour tenir compte de la précarité de l'occupation et de l'absence de bail. En cas d'incertitude, il est utile de faire évaluer la valeur locative par une agence immobilière ou un expert.


Un exemple concret


Une maison dont la valeur locative est estimée à 1 200 euros par mois est occupée par l'un des trois héritiers, qui détient un tiers des droits. L'indemnité due à l'indivision correspond à la jouissance du bien ; les deux autres héritiers, titulaires ensemble des deux tiers, ont vocation à en percevoir la part correspondante soit environ 800 euros par mois répartis entre eux, une fois l'indemnité intégrée à la masse partageable.


L'occupant peut-il déduire les charges et les travaux ?


C'est un point d'équilibre important. L'héritier occupant supporte certaines dépenses, qui peuvent donner lieu à compensation mais sans jamais le dispenser de l'indemnité d'occupation.


  • Les dépenses de conservation et d'amélioration : l'article 815-13 du Code civil prévoit que l'indivisaire qui a engagé des dépenses nécessaires à la conservation du bien, ou qui l'a amélioré, dispose d'une créance sur l'indivision évaluée, pour les améliorations, selon la plus-value apportée au bien au jour du partage.


  • Les charges courantes (taxe foncière, assurance, entretien) : elles pèsent sur tous les indivisaires au prorata de leurs quotes-parts, occupant ou non.


Mais attention : réaliser des travaux ne dispense pas de payer l'indemnité d'occupation. Les deux créances se compensent le cas échéant, sans s'annuler par principe.


Quels sont les recours des cohéritiers ?


Face à un héritier qui occupe seul le bien, les autres disposent de plusieurs leviers.

Réclamer l'indemnité d'occupation


C'est le premier réflexe. La demande peut être formée à l'amiable, puis, à défaut d'accord, dans le cadre des opérations de partage ou par une action devant le tribunal judiciaire. L'indemnité est généralement liquidée lors du partage, mais peut être réclamée en cours d'indivision.


Attention à la prescription


L'action en paiement de l'indemnité d'occupation se prescrit par 5 ans (article 2224 du Code civil), période par période ce qui signifie qu'on ne peut réclamer que les cinq dernières années d'occupation. Il ne faut donc pas trop attendre : chaque année perdue est définitivement perdue.


Provoquer le partage : nul n'est tenu de rester dans l'indivision


L'occupant ne peut jamais imposer aux autres le maintien de l'indivision. En vertu de l'article 815 du Code civil, tout héritier peut demander le partage à tout moment. Si l'accord amiable est impossible, le partage judiciaire peut être engagé, aboutissant le cas échéant à la vente du bien (licitation) et à la répartition du prix.


Racheter la part des autres ou vendre le bien


L'héritier qui souhaite conserver la maison a une solution : racheter les quotes-parts des autres cohéritiers, éventuellement au moyen d'une attribution préférentielle du logement. À défaut, le bien pourra être vendu et le prix réparti.


Ce que change la réforme de 2026 sur l'indivision


La loi du 7 avril 2026 sur la sortie de l'indivision a renforcé les moyens de débloquer les situations figées précisément celles où un héritier occupe seul le bien et paralyse toute décision.


Elle facilite notamment la vente à la majorité des deux tiers des droits et clarifie la possibilité, pour le juge, d'autoriser un indivisaire à passer seul certains actes en cas d'urgence ou d'intérêt commun. Concrètement, les héritiers majoritaires disposent désormais d'outils plus efficaces pour vendre le bien malgré l'opposition ou l'inertie de l'occupant.


Le cas particulier du conjoint survivant


La situation du conjoint survivant obéit à des règles propres, distinctes de celles des autres héritiers. Il bénéficie notamment d'un droit temporaire au logement (un an) et peut demander un droit viager au logement sur la résidence principale, ainsi que l'attribution préférentielle de celle-ci. Ces droits spécifiques peuvent écarter, en tout ou partie, l'indemnité d'occupation : un point à examiner distinctement lorsque c'est le veuf ou la veuve qui occupe le bien.


Un héritier occupe seul la maison familiale à Toulouse ou partout en France ?


Réclamation d'une indemnité d'occupation, évaluation de la valeur locative, compensation des travaux, provocation du partage ou de la vente, rachat de parts : que vous soyez l'héritier occupant ou un cohéritier lésé, faire valoir vos droits exige méthode et respect des délais de prescription. Le Cabinet Morer, avocat en droit immobilier et successoral à Toulouse, défend vos intérêts dans le règlement de l'indivision, partout en France.


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