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Comment demander un partage judiciaire de succession ?

Photo du rédacteur: Joris Morer
Joris Morer
7 juil.
9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 15 minutes

Un cohéritier refuse de signer, un autre ne répond plus aux courriers du notaire, la valeur d'un bien fait l'objet d'un désaccord profond : lorsque le partage amiable est impossible, la seule issue pour sortir de l'indivision est le partage judiciaire. Cette procédure permet à un seul héritier de forcer le partage, même contre la volonté des autres. Mais elle est technique, longue et jalonnée de pièges procéduraux qui peuvent rendre une demande irrecevable dès le départ.


Voici, étape par étape, comment demander un partage judiciaire de succession.


Article mis à jour le 23 octobre 2026 — loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 et décret n° 2026-964 du 18 octobre 2026, qui réforme la procédure de partage judiciaire à compter du 1er janvier 2027 : voyez notre analyse Partage judiciaire de succession : ce qui change au 1er janvier 2027 (décret du 18 octobre 2026).


Quand recourir au partage judiciaire ?


Le partage judiciaire devient nécessaire lorsque le partage amiable échoue. Les situations les plus fréquentes sont :


  • un cohéritier refuse le principe même de sortir de l'indivision ;

  • un héritier est introuvable ou ne répond plus ;

  • un héritier refuse de signer les actes chez le notaire ;

  • les héritiers sont en désaccord sur la valeur des biens ;

  • un héritier revendique une attribution préférentielle contestée par les autres.


Le fondement juridique est un principe protecteur : l'article 815 du Code civil garantit que « nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision et le partage peut toujours être provoqué ». Il suffit donc d'un seul héritier voulant sortir de l'indivision pour engager la procédure.


Le préalable obligatoire : la tentative de partage amiable


C'est le piège numéro un du partage judiciaire, jusqu'au 31 décembre 2026. Avant de saisir le tribunal, vous devez avoir tenté un partage amiable et être en mesure de le prouver.

L'article 1360 du Code de procédure civile impose, à peine d'irrecevabilité, que l'assignation mentionne les diligences entreprises en vue d'un partage amiable (exigence supprimée pour les instances soumises au décret du 18 octobre 2026, à compter du 1er janvier 2027). Un héritier qui n'a tenté aucune démarche amiable verra sa demande purement et simplement rejetée par le juge, dès le début de la procédure.


En pratique, il faut donc constituer la preuve de ces tentatives avant toute saisine : courriers recommandés aux cohéritiers proposant un partage amiable, mise en demeure par acte de commissaire de justice, échanges avec le notaire. Cette preuve doit figurer dans l'assignation.


Pour les instances introduites à compter du 1er janvier 2027, et pour certaines instances en cours, le nouvel article 1360 issu du décret du 18 octobre 2026 n'exige plus de mentionner ces diligences dans l'assignation. Il faudra toujours établir qu'un indivisaire refuse le partage amiable ou le conteste (article 840 du code civil), et une assignation délivrée avant le 1er janvier 2027 doit continuer à les mentionner.


Étape 1 : la rédaction de l'assignation par un avocat


Le partage judiciaire s'engage par une assignation, soit un acte délivré par un commissaire de justice qui cite les autres héritiers à comparaître devant le tribunal. Le recours à un avocat est obligatoire devant le tribunal et, pour les instances soumises au décret du 18 octobre 2026, également devant le notaire commis, seuls les dires des avocats étant alors pris en compte : c'est l'une des matières les plus techniques du droit, et une assignation mal rédigée peut compromettre définitivement vos droits.


Les mentions obligatoires à peine d'irrecevabilité (article 1360 CPC)


L'assignation doit impérativement contenir :


  • un descriptif sommaire du patrimoine à partager ;

  • les intentions du demandeur quant à la répartition des biens ;

  • les diligences entreprises en vue d'un partage amiable.


Une demande stratégique


L'assignation ne se limite pas à demander « le partage ». Elle doit demander l'ouverture des opérations de compte, liquidation et partage, et solliciter la désignation d'un notaire commis et d'un juge commis. Surtout, elle doit articuler dès l'origine toutes les demandes accessoires (indemnité d'occupation, rapport de donations, recel successoral) car plusieurs d'entre elles ont leurs propres délais de prescription. Les omettre expose à les voir prescrites alors même que le partage est en cours.


Étape 2 : la saisine du tribunal judiciaire compétent


L'assignation est portée devant le tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession, c'est-à-dire du dernier domicile du défunt. Ce tribunal a une compétence exclusive en matière de partage successoral (article 841 du Code civil).


Concrètement, l'affaire est enrôlée par la remise au greffe d'une copie de l'assignation, dans les délais prévus par le Code de procédure civile, sous peine de caducité.


Étape 3 : le jugement d'ouverture des opérations


Une fois saisi, le tribunal rend un jugement. Selon la complexité du dossier, deux configurations sont possibles :


Les opérations simples

Si la situation est simple, le tribunal ordonne directement le partage et renvoie les parties devant un notaire chargé d'établir l'acte et d'accomplir les mesures de publicité foncière. Il n'y a pas de juge commis.


Les opérations complexes

Si la complexité le justifie (plusieurs héritiers, biens immobiliers, donations à rapporter) le tribunal désigne un notaire commis, choisi par les copartageants ou, à défaut, par le tribunal, chargé de conduire l'intégralité des opérations de compte, liquidation et partage, et commet un juge pour surveiller le bon déroulement. C'est la configuration la plus fréquente. Pour les instances soumises au décret du 18 octobre 2026, le président désigne un juge commis et un notaire commis dès l'orientation de l'affaire, lorsqu'elle n'est pas en état d'être jugée (voir plus bas).


Si les biens ne peuvent être commodément répartis en nature, le tribunal, ou à compter du 1er janvier 2027 le juge commis en cours d'opérations, peut ordonner leur vente par licitation (vente aux enchères), dont le produit est ensuite réparti entre les héritiers.


Attention : les décisions rendues dans le jugement d'ouverture sont revêtues de l'autorité de la chose jugée. Une demande rejetée à ce stade (par exemple une indemnité d'occupation) ne pourra plus être représentée ultérieurement, même reformulée.


Étape 4 : le rôle du notaire commis et l'état liquidatif


Le notaire commis n'agit plus pour le compte des parties : il devient le bras droit du juge, un auxiliaire de justice impartial.


Sa mission :

  • convoquer les parties et demander la production de tous documents utiles ;

  • procéder à l'estimation des biens : il peut s'adjoindre un expert pour valoriser un bien immobilier complexe, une entreprise ou des œuvres d'art ;

  • dresser l'état liquidatif : pièce centrale qui établit les comptes entre copartageants, la masse partageable, les droits de chacun et la composition des lots.


Le notaire dispose en principe d'un délai d'un an pour établir cet état liquidatif. Ce délai est suspendu pendant une expertise et peut être prorogé d'un an au plus en raison de la complexité des opérations. À compter du 1er janvier 2027, le délai est fixé par la décision de désignation, dans la limite de dix-huit mois à compter de sa notification au notaire, et le juge commis peut le proroger, sur motif légitime, par périodes de six mois au plus. Face à un héritier qui fait obstruction, le notaire peut solliciter du juge commis des injonctions ou des astreintes. Le mécanisme qui permettait au notaire de faire désigner un représentant à l'héritier défaillant (article 841-1 du code civil) a été abrogé par la loi du 7 avril 2026 ; pour les instances soumises au décret du 18 octobre 2026, le notaire procède lui-même aux significations, seuls les dires des avocats comptent, le tribunal peut ordonner le partage malgré un non-comparant et le notaire tire au sort les lots à sa place.


Étape 5 : les dires, le rapport et le jugement d'homologation


C'est une étape procédurale cruciale et technique. En cas de désaccord sur le projet d'état liquidatif, chaque partie doit adresser au notaire ses observations écrites, appelées dires.

Point capital confirmé par la jurisprudence récente : ne pas avoir soulevé un point dans ses dires (même par simple courriel au notaire) équivaut à ne pas l'avoir introduit dans la procédure. Toute contestation non formulée en dire préalable sera jugée irrecevable devant le tribunal. Le notaire transmet ensuite au juge commis un procès-verbal reprenant les points de désaccord subsistants.


Le juge commis fait rapport au tribunal. Les parties échangent alors des conclusions ciblées sur les seuls points litigieux, puis l'affaire est plaidée. Le tribunal peut enfin soit homologuer l'état liquidatif proposé par le notaire, soit trancher les désaccords avant d'homologuer le partage.


Pour les instances soumises au décret du 18 octobre 2026, le notaire commis transmet le projet d'état liquidatif avec les points de désaccord et son avis, les parties disposent de deux mois au plus pour leurs dires, seuls ceux des avocats sont pris en compte, et les conclusions devant le tribunal ne peuvent porter que sur les désaccords subsistants.


Ce que la loi du 7 avril 2026 a changé


La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, entrée en vigueur le 9 avril 2026, a réformé le partage judiciaire pour tenter de raccourcir des procédures qui s'enlisaient. Trois apports concernent directement les héritiers.


  • La compétence du juge commis : le juge commis aux opérations de partage, et non plus seulement le tribunal, est compétent pour trancher les contestations qui s'élèvent au cours des opérations et ordonner les licitations (article 841, alinéa 2, du code civil), et l'article 841-1, qui permettait au notaire de faire désigner un représentant à l'héritier défaillant, est abrogé. Ce nouveau pouvoir est organisé par le décret du 18 octobre 2026, applicable à compter du 1er janvier 2027 : le juge commis et le notaire commis seront alors désignés dès l'orientation de l'affaire, et non plus seulement si la complexité des opérations le justifie.


  • L'extension du partage judiciaire aux couples : un nouvel article 840 du Code civil permet de recourir au partage judiciaire pour les liquidations entre époux et entre partenaires de PACS lorsque la complexité des opérations le justifie. C'est utile lorsqu'une succession se superpose à une séparation.


  • L'autorisation judiciaire de vendre seul : l'article 815-6 du Code civil consacre désormais expressément la possibilité, pour le juge, d'autoriser un seul indivisaire à conclure la vente d'un bien indivis lorsque l'urgence et l'intérêt commun le justifient. C'est souvent une alternative plus rapide qu'un partage judiciaire complet.


Une précision utile, car beaucoup de publications l'ont mal rapportée : cette loi n'a pas supprimé l'unanimité requise pour la vente amiable d'un bien indivis, et n'a pas généralisé la vente à la majorité des deux tiers devant notaire sans juge — ce régime demeure propre à la Corse et aux territoires ultramarins. Elle facilite le recours au juge, elle ne le supprime pas.


Le décret n° 2026-964 du 18 octobre 2026 complète cette loi : avocat obligatoire y compris devant le notaire commis, suppression de la preuve des diligences amiables dans l'assignation, délai du notaire plafonné à dix-huit mois, juge commis qui tranche les contestations dans les quatre mois, acte de partage sans signature, provision et radiation. Nous le détaillons dans Partage judiciaire de succession : ce qui change au 1er janvier 2027 (décret du 18 octobre 2026).


Quelle est la durée d'un partage judiciaire ?


C'est le principal inconvénient de cette voie. Même dans les cas les moins contentieux, il faut compter plusieurs années. Le notaire dispose théoriquement d'un an pour l'état liquidatif, mais en pratique la procédure s'étale bien au-delà, surtout en présence de biens immobiliers, d'expertises ou d'un conflit familial profond. La loi de 2026 et le décret du 18 octobre 2026, qui plafonne à dix-huit mois le délai du notaire commis, impose la saisine du juge commis dans les quatre mois et limite les dires à deux mois, visent précisément à raccourcir ces délais, mais leur effet réel ne se mesurera qu'avec le recul.


Dans les dossiers les plus complexes (successions confondues, actifs à l'étranger, notaire commis remplacé en cours de route) la procédure peut durer une décennie.


Combien coûte un partage judiciaire ?


Le partage judiciaire est sensiblement plus onéreux que le partage amiable. Le coût additionne plusieurs postes :


  • le droit de partage de 2,5 % de l'actif net partagé (article 746 du Code général des impôts) ;

  • les émoluments du notaire commis, réglés par chaque partie au prorata de ses droits ;

  • les honoraires d'avocat, obligatoire tout au long de la procédure ;

  • les frais d'expertise immobilière ou autre, le cas échéant ;

  • les frais de commissaire de justice.


Peut-on revenir au partage amiable en cours de procédure ?


Oui et c'est souvent souhaitable. À tout moment de la procédure judiciaire, les héritiers peuvent abandonner la voie contentieuse et conclure un partage amiable si les conditions sont réunies. Le notaire en informe alors le juge, qui constate la clôture de la procédure.

C'est pourquoi le partage judiciaire est parfois utilisé comme un levier : l'engagement de la procédure, en désignant un notaire impartial doté de pouvoirs étendus, suffit fréquemment à débloquer une situation et à ramener les héritiers vers un accord amiable.


Pourquoi l'assistance d'un avocat spécialisé est-elle indispensable ?


Le partage judiciaire est l'une des procédures les plus techniques du droit civil. Les pièges procéduraux y sont nombreux et souvent irrémédiables : irrecevabilité pour défaut de diligences amiables jusqu'au 31 décembre 2026, délai de quatre mois pour saisir le juge commis à compter de 2027, autorité de la chose jugée, prescriptions courtes des demandes accessoires, contestations perdues faute de dire préalable.


Un avocat en droit immobilier et successoral intervient pour rédiger une assignation recevable et stratégique, articuler toutes les demandes accessoires dans les délais, formuler les dires au notaire au bon moment, et défendre vos intérêts lors des audiences jusqu'à l'homologation du partage.


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Cohéritier qui refuse de signer, héritier introuvable, désaccord persistant sur la valeur d'un bien : le partage judiciaire est parfois la seule issue, mais il exige une maîtrise procédurale rigoureuse. Le Cabinet Morer, avocat en droit immobilier à Toulouse, engage et conduit les procédures de partage judiciaire et défend vos droits partout en France.

Contactez le Cabinet Morer sans attendre : par téléphone au 06.23.36.88.03, par courriel à cabinet@morer-avocat.com ou via le formulaire de contact sur morer-avocat.com.

Le cabinet intervient dans les successions conflictuelles et les sorties d'indivision : voyez notre page avocat en succession et indivision à Toulouse.


Pour aller plus loin, retrouvez l'ensemble de nos articles dans la rubrique Successions.


Si le blocage vient d'un héritier qui ne répond pas, ne signe pas ou est introuvable, voyez notre article Un héritier ne répond pas, ne signe pas ou est introuvable : comment débloquer la succession ?.

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