Une action collective est-elle pénale ou civile ?
- Joris Morer

- 30 mai
- 5 min de lecture
C'est l'une des premières questions que se posent les victimes souhaitant agir en groupe contre un même responsable. La réponse n'est pas aussi simple qu'il y paraît : l'action collective peut emprunter deux voies très différentes, à savoir la voie civile et la voie pénale. Ces deux procédures peuvent même se combiner.
Voici tout ce que vous devez comprendre pour choisir la bonne stratégie.
L'action de groupe : une procédure essentiellement civile
L'action de groupe telle qu'elle existe en droit français (encadrée depuis la loi Hamon de 2014) et profondément réformée par la loi du 30 avril 2025 est avant tout une procédure civile.
Elle est portée devant les juridictions civiles ou administratives, selon que le responsable est une personne privée ou une personne publique.
Concrètement, l'action de groupe civile vise à :
faire cesser un comportement illicite de la part d'un professionnel ou d'une administration : retirer un produit défectueux, supprimer des clauses abusives, mettre fin à une pratique discriminatoire ;
obtenir la réparation financière du préjudice subi par toutes les victimes ayant adhéré à l'action, sous forme de dommages et intérêts.
Elle ne vise pas à punir l'auteur : c'est là la différence fondamentale avec la procédure pénale. La condamnation civile n'entraîne ni emprisonnement ni inscription au casier judiciaire. Elle se traduit exclusivement par des obligations financières ou comportementales imposées au responsable.
La procédure pénale : punir et indemniser simultanément
La procédure pénale est d'une nature radicalement différente. Elle est mise en œuvre par le ministère public (le procureur de la République) lorsque les faits constituent une infraction pénale : escroquerie, abus de confiance, fraude, tromperie, pratiques commerciales trompeuses aggravées, etc.
Son objectif premier est de punir l'auteur : amende pénale, emprisonnement, peine complémentaire d'interdiction d'exercer.
Mais la procédure pénale ouvre également la voie à l'indemnisation des victimes, grâce à un mécanisme spécifique : la constitution de partie civile. Une personne qui s'estime victime d'une infraction et intervient dans la procédure pénale pour demander la réparation de son préjudice est une partie civile. Elle peut réclamer des dommages et intérêts directement au sein du procès pénal, sans avoir à engager une procédure civile distincte.
Comment plusieurs victimes peuvent-elles agir ensemble dans une procédure pénale ?
En matière pénale, il n'existe pas, à proprement parler, d'action de groupe au sens de la loi du 30 avril 2025. Mais plusieurs mécanismes permettent à un grand nombre de victimes de s'unir dans une même procédure pénale :
La constitution de partie civile individuelle dans un procès pénal collectif
Lorsqu'une infraction a causé un préjudice à de nombreuses personnes (une escroquerie à grande échelle, une fraude aux placements, une arnaque bancaire massive) chaque victime peut se constituer partie civile lors du procès devant le tribunal correctionnel ou la cour d'assises. Des centaines de victimes peuvent ainsi se joindre à la même procédure, représentées chacune par leur avocat ou par un avocat commun.
La constitution de partie civile par une association de victimes
Une association qui défend des intérêts collectifs peut se constituer partie civile sous certaines conditions. Elle peut également se constituer partie civile pour soutenir une ou plusieurs victimes nommément désignées à la suite d'infractions entrant dans son objet social. Cette voie est particulièrement utilisée dans les grandes affaires pénales impliquant des centaines de victimes : arnaques financières, fraudes à grande échelle, accidents collectifs.
La plainte avec constitution de partie civile
La plainte avec constitution de partie civile permet à la victime d'une infraction de saisir un juge d'instruction pour qu'il ouvre une information judiciaire. Elle est particulièrement utile lorsque le parquet a classé sans suite une plainte simple. En se constituant partie civile, la victime force l'ouverture d'une instruction judiciaire et peut ainsi entraîner d'autres victimes dans la procédure. C'est une arme puissante dans les dossiers complexes où les faits sont difficiles à établir sans investigation approfondie.
Quelle différence concrète entre voie civile et voie pénale pour les victimes ?
Le choix entre les deux voies a des conséquences très pratiques :
L'objectif : la voie civile vise l'indemnisation, la voie pénale vise la punition de l'auteur et l'indemnisation.
L'initiateur : l'action civile est initiée par les victimes ou leurs représentants, l'action pénale est initiée par le procureur, même si les victimes peuvent la déclencher via une plainte avec constitution de partie civile.
La charge de la preuve : en matière pénale, la culpabilité doit être établie au-delà de tout doute raisonnable, en matière civile, il suffit d'établir la faute, le préjudice et le lien de causalité.
Le résultat : une condamnation pénale peut entraîner emprisonnement et inscription au casier, une condamnation civile se traduit uniquement par des dommages et intérêts.
La prescription : les délais varient selon la nature des faits et la procédure choisie. En matière d'escroquerie pénale, le délai est de six ans à compter du dernier acte, en matière civile, il est de cinq ans à compter de la connaissance du préjudice.
Peut-on combiner action collective civile et procédure pénale ?
Oui, et c'est souvent la stratégie la plus efficace pour les victimes d'infractions à grande échelle.
Les deux procédures ne sont pas incompatibles et peuvent se dérouler en parallèle ou de façon complémentaire :
Des victimes peuvent rejoindre une action de groupe civile pour obtenir rapidement une indemnisation collective.
Simultanément, elles peuvent se constituer parties civiles dans la procédure pénale pour obtenir la condamnation de l'auteur et des dommages et intérêts supplémentaires.
En cas de condamnation pénale, celle-ci facilite souvent l'action civile en indemnitaire : le jugement pénal établit la faute, ce qui allège la charge de la preuve dans la procédure civile.
Cette double stratégie est particulièrement adaptée aux grandes affaires d'escroquerie, de fraude bancaire ou de pratiques commerciales trompeuses ayant touché de nombreuses victimes.
Comment choisir la bonne voie pour agir collectivement ?
Le choix entre voie civile, voie pénale ou combinaison des deux dépend de plusieurs facteurs :
La nature des faits : s'ils constituent une infraction pénale caractérisée (escroquerie, abus de confiance, fraude…), la voie pénale est pertinente. S'il s'agit d'un manquement contractuel ou d'une pratique abusive sans dimension pénale, la voie civile s'impose.
L'identification du responsable : si l'auteur est identifié, les deux voies sont accessibles. Si l'auteur est inconnu ou difficile à identifier, la plainte avec constitution de partie civile peut déclencher une instruction judiciaire pour le retrouver.
Le nombre de victimes : plus elles sont nombreuses, plus l'action de groupe civile est adaptée : elle permet de mutualiser les coûts et d'exercer un rapport de force.
L'urgence : si les faits sont en cours et qu'il faut faire cesser immédiatement le comportement illicite, le référé civil ou la plainte pénale avec demande de mesures conservatoires sont les voies les plus rapides.
Seul un avocat peut analyser votre situation, identifier la qualification des faits et recommander la stratégie la plus adaptée pour maximiser vos chances d'obtenir réparation.
Vous êtes victime d'un préjudice collectif et souhaitez savoir quelle voie emprunter ?
Voie civile, voie pénale, action de groupe, constitution de partie civile : chaque situation appelle une stratégie différente. Le Cabinet Morer analyse votre dossier et vous conseille sur la meilleure approche pour défendre vos droits et obtenir réparation.
Maître Joris Morer, avocat pénaliste au barreau de Toulouse, intervient pour les victimes d'infractions et de préjudices collectifs partout en France.
Contactez le Cabinet Morer sans attendre : par téléphone au 06.23.36.88.03, par courriel à cabinet@morer-avocat.com ou via le formulaire de contact sur morer-avocat.com.
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