Que peut-on obtenir dans le cadre d'une action collective ?
- Joris Morer

- 30 mai
- 6 min de lecture
C'est la question que se posent toutes les victimes avant de rejoindre ou d'initier une action collective : qu'est-ce que j'ai vraiment à gagner ? Remboursement intégral, dommages et intérêts, indemnisation partielle, cessation du comportement illicite, les résultats possibles d'une action de groupe sont multiples et dépendent de la nature du préjudice, de la stratégie choisie et de la voie procédurale empruntée.
Voici un guide complet et à jour pour comprendre ce que vous pouvez réellement obtenir.
Les deux objectifs principaux d'une action de groupe
L'action de groupe peut avoir deux objectifs : la cessation du manquement et/ou la réparation des préjudices. Ces deux objectifs peuvent être poursuivis simultanément ou séparément selon les circonstances.
Comprendre cette distinction est fondamental : certaines victimes cherchent avant tout à être indemnisées, d'autres souhaitent principalement faire cesser un comportement illicite qui continue à affecter des milliers de personnes, même si leur indemnisation personnelle est secondaire. L'action de groupe permet de poursuivre les deux objectifs dans une même procédure.
Objectif 1 — La cessation du manquement : faire arrêter le comportement illicite
La cessation du manquement est une condamnation du responsable à mettre fin immédiatement au comportement ayant causé le préjudice collectif.
Elle ne génère pas d'indemnisation directe pour les victimes, mais elle produit des effets concrets et souvent immédiats :
retrait d'un produit défectueux du marché ;
suppression de clauses abusives dans des contrats en cours ;
modification d'une pratique commerciale trompeuse ;
mise en conformité d'un traitement de données personnelles illicite ;
cessation d'une discrimination dans l'accès à un service ou à l'emploi.
La cessation du manquement peut être ordonnée en référé (c'est-à-dire en urgence) avant même que le fond du dossier soit jugé lorsque le préjudice en cours est suffisamment grave et caractérisé. C'est l'une des voies les plus rapides pour protéger les victimes dont le préjudice se poursuit activement.
Objectif 2 — La réparation des préjudices : ce que les victimes peuvent concrètement obtenir
C'est l'objectif le plus attendu par les victimes. La réparation peut prendre plusieurs formes selon la nature du préjudice.
Le remboursement des sommes indûment perçues
C'est la forme d'indemnisation la plus courante en matière de droit de la consommation. Si une entreprise a facturé des sommes qu'elle n'était pas en droit de percevoir (frais injustifiés, surfacturation, prélèvements indus) les victimes peuvent obtenir le remboursement intégral des sommes versées, parfois assorti d'intérêts de retard.
Exemples concrets : remboursement de frais bancaires illicites, restitution de trop-perçus sur des factures d'énergie, remboursement de primes d'assurance illégitimement prélevées.
Les dommages et intérêts
Au-delà du simple remboursement, les victimes peuvent obtenir des dommages et intérêts destinés à réparer l'ensemble de leur préjudice matériel et moral.
Pour que l'auteur des faits soit condamné à régler des dommages et intérêts, les victimes doivent démontrer les préjudices subis et leur lien avec l'acte commis.
Les dommages et intérêts peuvent couvrir :
le préjudice matériel : perte financière directe, frais engagés pour faire face au préjudice, perte de revenus ;
le préjudice moral : stress, anxiété, atteinte à la réputation, trouble dans les conditions d'existence ;
le préjudice corporel : dans les affaires de santé publique, exposition à un produit dangereux, séquelles physiques ;
la perte de chance : manque à gagner résultant du comportement illicite du responsable.
Le montant des dommages et intérêts est fixé individuellement pour chaque victime par le tribunal, en fonction de l'étendue réelle de son préjudice personnel. Deux victimes d'une même escroquerie peuvent obtenir des montants très différents si leurs pertes financières ou leurs préjudices moraux sont différents.
La réparation en nature
Dans certains cas, la réparation ne prend pas la forme d'une somme d'argent mais d'une prestation en nature : remplacement d'un produit défectueux, exécution de travaux, fourniture d'un service. Cette forme de réparation est plus rare dans les actions de groupe mais peut être ordonnée lorsqu'elle est plus adaptée au préjudice subi.
La grande nouveauté 2025 : l'amende civile pour faute dolosive
C'est l'innovation la plus importante introduite par la loi du 30 avril 2025 pour les victimes. La loi crée la sanction civile pour faute dolosive afin de sanctionner celui qui commet une faute dolosive en vue d'obtenir un gain ou une économie indue ayant causé des dommages sériels.
Concrètement, lorsqu'un professionnel a délibérément commis un manquement pour en tirer un profit (en sachant pertinemment que son comportement causait un préjudice aux victimes) le tribunal peut prononcer une amende civile dissuasive, en plus de l'indemnisation des victimes.
Le produit de cette amende civile n'est pas versé aux victimes directement : il est affecté à un fonds consacré au financement des actions de groupe, permettant ainsi de financer de futures procédures collectives. Mais son existence renforce considérablement l'effet dissuasif de l'action de groupe et peut inciter les responsables à négocier rapidement une indemnisation amiable plutôt que de risquer une sanction supplémentaire.
La médiation : une voie rapide vers l'indemnisation amiable
À chaque étape de la procédure, le juge peut, avec l'accord des parties, désigner un médiateur pour rechercher un accord amiable sur l'indemnisation des préjudices. Cette médiation est facultative mais encouragée par la loi, car elle permet souvent d'aboutir à une indemnisation plus rapide que le jugement au fond.
Tout accord négocié au nom du groupe est soumis à l'homologation du juge, qui vérifie s'il est conforme aux intérêts de ceux auxquels il a vocation à s'appliquer et lui donne force exécutoire. Cette homologation judiciaire est une garantie essentielle pour les victimes : elle empêche un accord déséquilibré qui avantagerait le responsable au détriment des victimes les plus vulnérables.
En pratique, la médiation est particulièrement utilisée dans les grandes affaires impliquant de nombreuses victimes et un responsable solvable : banques, grands groupes industriels, compagnies d'assurance. Plusieurs acteurs mis en cause ont préféré proposer des remboursements partiels plutôt que d'affronter une audience publique avec des centaines de plaignants.
Ce que l'on peut obtenir dans le cadre d'une procédure pénale
Si les faits constituent une infraction pénale (escroquerie, abus de confiance, fraude) la voie pénale avec constitution de partie civile peut permettre d'obtenir des résultats complémentaires à ceux de l'action de groupe civile :
la condamnation pénale de l'auteur : emprisonnement, amende pénale, interdiction d'exercer ;
des dommages et intérêts prononcés par le tribunal correctionnel ou la cour d'assises, directement dans le jugement pénal ;
en cas d'insolvabilité de l'auteur condamné, une indemnisation via la CIVI (commission d'indemnisation des victimes d'infractions) ou le SARVI (service d'aide au recouvrement des victimes d'infractions), qui peuvent avancer tout ou partie de l'indemnisation due.
Toute personne qui s'est constituée partie civile et a bénéficié d'une décision définitive lui accordant des dommages et intérêts peut obtenir le paiement de ces sommes par prélèvement sur les avoirs confisqués à son débiteur. Ce mécanisme, peu connu, est particulièrement utile dans les grandes affaires d'escroquerie où les avoirs des auteurs ont été saisis au cours de l'instruction.
Peut-on cumuler action de groupe civile et procédure pénale ?
Oui, et c'est souvent la stratégie la plus complète pour les victimes de fraudes ou d'arnaques à grande échelle.
Les deux procédures sont compatibles et complémentaires :
l'action de groupe civile permet d'obtenir rapidement une indemnisation collective des préjudices matériels ;
la procédure pénale avec constitution de partie civile permet d'obtenir la condamnation de l'auteur, des dommages et intérêts supplémentaires et, le cas échéant, le paiement sur avoirs confisqués.
La condamnation pénale facilite également la procédure civile en établissant la faute du responsable ce qui allège la charge de la preuve dans l'action en indemnisation.
Combien peut-on espérer obtenir concrètement ?
La question du montant est légitime et la réponse dépend de plusieurs facteurs :
l'étendue du préjudice individuel de chaque victime : une victime ayant perdu 50.000 euros dans une arnaque aux placements obtiendra davantage qu'une victime ayant perdu 500 euros sur un produit défectueux ;
la solvabilité du responsable : une grande entreprise cotée en bourse offre de meilleures perspectives d'indemnisation effective qu'un escroc insolvable ;
la qualité du dossier constitué : un dossier bien documenté, avec des preuves solides du préjudice et de son lien avec le manquement, conduit à des indemnisations plus élevées ;
l'existence d'un accord amiable négocié : les médiations aboutissent souvent à des montants inférieurs à ce que le tribunal aurait accordé, mais dans des délais bien plus courts.
Un avocat peut évaluer réalistement les perspectives d'indemnisation dès la première consultation, en fonction des éléments spécifiques à votre dossier.
Vous êtes victime d'un préjudice collectif et souhaitez savoir ce que vous pouvez obtenir ?
Remboursement, dommages et intérêts, cessation du comportement illicite, amende civile : les résultats d'une action collective bien menée peuvent être significatifs. Mais ils dépendent d'une stratégie juridique construite dès les premières étapes.
Maître Joris Morer, avocat pénaliste au barreau de Toulouse, intervient pour les victimes d'infractions et de préjudices collectifs partout en France : évaluation du dossier, choix de la voie procédurale, constitution de partie civile, action de groupe, demande d'indemnisation.
Contactez le Cabinet Morer sans attendre : par téléphone au 06.23.36.88.03, par courriel à cabinet@morer-avocat.com ou via le formulaire de contact sur morer-avocat.com.

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