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Comment obtenir les pénalités de retard en VEFA ?

  • Photo du rédacteur: Joris Morer
    Joris Morer
  • 2 août
  • 7 min de lecture

Le promoteur vous annonce un report de six mois, puis de huit. Vous avez déjà versé une large part du prix selon l’échéancier, vous payez un loyer ailleurs, et votre déménagement est repoussé pour la troisième fois. Le retard de livraison est aujourd’hui le premier contentieux de l’immobilier neuf.


Une précision essentielle avant tout : contrairement au contrat de construction de maison individuelle, la VEFA ne prévoit aucune pénalité légale obligatoire. Tout dépend donc de ce que stipule votre contrat et, à défaut de clause, du droit commun de la responsabilité contractuelle.


Voici comment identifier vos droits, neutraliser les excuses du promoteur et obtenir réparation.


Première étape : déterminer la date de livraison contractuelle


C’est le point de départ de tout le raisonnement, et il est plus subtil qu’il n’y paraît.


L’article L.261-11 du Code de la construction et de l’habitation impose que le contrat de VEFA mentionne le délai de livraison. Celui-ci peut être formulé de deux manières :


• une date précise : « livraison le 31 décembre 2025 » → le retard court à compter du 1er janvier 2026 ;

• une période ou un trimestre : « au cours du 4e trimestre 2025 » → le promoteur bénéficie de l’intégralité de la période, et le retard ne court qu’à compter du 1er janvier 2026.


Le piège de l’avenant


Vérifiez impérativement l’absence d’avenant modificatif ayant validé un report de délai. Certains promoteurs sollicitent discrètement l’accord des acquéreurs sur un nouveau calendrier : un document signé sans y prêter attention peut anéantir votre droit à pénalités. Relisez l’ensemble des courriers et documents signés depuis la vente.


Votre contrat prévoit-il une clause de pénalités ?


C’est la question déterminante, car deux régimes très différents s’appliquent.


Si le contrat contient une clause de pénalités


C’est la situation la plus favorable. Les pénalités contractuelles sont dues de plein droit, sans que vous ayez à prouver un préjudice, c’est leur avantage majeur.


Le taux couramment retenu est de 1/3000e du prix de vente par jour de retard, soit environ 1 % par mois. Sur un bien de 300 000 euros, cela représente environ 100 euros par jour, soit 3 000 euros par mois de retard.


Si le contrat ne prévoit rien


C’est fréquent et cela ne vous prive pas de recours. L’indemnisation relève alors du droit commun de la responsabilité contractuelle (article 1231-1 du Code civil) : vous devez démontrer la faute (le retard), votre préjudice et le lien de causalité. C’est plus exigeant en termes de preuve, mais le montant obtenu peut être supérieur aux pénalités forfaitaires, puisqu’il correspond à votre préjudice réel.


La clause de pénalités peut-elle être révisée ?


Oui, dans les deux sens. Le juge dispose du pouvoir de modérer ou d’augmenter une pénalité manifestement excessive ou dérisoire (article 1231-5 du Code civil). Une clause fixant une indemnité symbolique, très inférieure au préjudice réel des acquéreurs, peut donc être révisée à la hausse. Un argument à ne pas négliger lorsque la clause contractuelle est peu protectrice.


L’obstacle principal : les causes légitimes de suspension


C’est ici que se joue l’essentiel des litiges. La quasi-totalité des contrats de VEFA stipulent que le délai de livraison est convenu sous réserve de causes légitimes de suspension : intempéries, grèves, défaillance d’une entreprise, fait du prince, retard d’un concessionnaire de réseau.


Ces clauses sont valables


La Cour de cassation l’a confirmé par deux arrêts du 30 avril 2025 (3e chambre civile, n° 23-21.499 notamment) : la clause prévoyant des causes légitimes de suspension du délai de livraison (intempéries, défaillance d’entreprises, grèves, fait du prince) n’a ni pour objet ni pour effet de créer un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties. Elle n’est donc pas abusive.


La Haute juridiction a également validé une clause confiant à l’architecte l’appréciation des jours d’intempéries, dès lors qu’elle repose sur des données objectives et vérifiables.


Mais le promoteur doit les justifier concrètement


C’est le point capital, et le levier de contestation le plus efficace. La validité de principe de la clause ne dispense pas le promoteur d’apporter la preuve, événement par événement :


de la réalité de la cause invoquée (relevés météorologiques officiels, justificatifs de la procédure collective de l’entreprise défaillante, preuve de la grève) ;

de son caractère imprévisible et extérieur ;

du lien de causalité direct avec le retard ;

de la durée exacte du retard imputable à cet événement.


Une lettre affirmant vaguement des « difficultés d’approvisionnement » ou des « intempéries exceptionnelles », sans le moindre justificatif chiffré et daté, ne suffit pas.


Ce qui ne constitue PAS une cause légitime


La jurisprudence écarte régulièrement :


les difficultés financières du promoteur ou sa mauvaise organisation ;

le simple retard d’un sous-traitant, même prolongé, dès lors qu’il ne relève pas d’une défaillance imprévisible ;

les intempéries saisonnières normales, prévisibles dans la région concernée ;

les difficultés d’approvisionnement non documentées ;

s’agissant de la crise sanitaire, la jurisprudence s’est nettement durcie : il faut démontrer une impossibilité absolue d’exécuter, un simple ralentissement ne suffisant plus.


C’est donc en exigeant du promoteur la justification détaillée de chaque jour de suspension que l’on reconstitue le retard réellement indemnisable.


Quels préjudices peut-on faire indemniser ?


Au-delà des pénalités contractuelles, plusieurs postes de préjudice sont indemnisables :


les loyers payés pendant la période de retard, ou le surcoût lié à une prolongation de bail ;

les frais d’hébergement provisoire, de garde-meuble et de double déménagement ;

les intérêts intercalaires du prêt immobilier supportés plus longtemps que prévu ;

la perte de loyers en cas d’investissement locatif ;

la perte d’avantage fiscal lorsque le dispositif de défiscalisation est compromis par le retard ;

le préjudice de jouissance et le préjudice moral, appréciés au cas par cas.


Chaque poste doit être justifié par des pièces : quittances de loyer, avenant de bail, tableau d’amortissement, mandat de gestion locative, attestations. Le juge n’indemnise pas sur simple affirmation.


La procédure, étape par étape


Étape 1 : Constituer le dossier


Rassemblez le contrat de VEFA et ses annexes, l’ensemble des courriers du promoteur annonçant ou justifiant le retard, l’échéancier des appels de fonds et les preuves de paiement, ainsi que tous les justificatifs de vos préjudices. Vérifiez l’absence d’avenant de report.


Étape 2 : La mise en demeure


Adressez au promoteur une lettre recommandée avec accusé de réception :


rappelant la date de livraison contractuelle ;

constatant le retard et son décompte en jours ;

réclamant l’application de la clause de pénalités, ou l’indemnisation du préjudice à défaut de clause ;

• exigeant la communication des justificatifs de chaque cause légitime de suspension invoquée ;

fixant un délai de réponse.


Cette mise en demeure a un double effet : elle fait courir les intérêts et interrompt la prescription.


Étape 3 : La négociation


De nombreux dossiers se règlent à ce stade, surtout lorsque le promoteur mesure la solidité du décompte adverse et la faiblesse de ses propres justificatifs. Attention toutefois : ne signez aucun protocole emportant renonciation à tout recours sans en avoir mesuré la portée, notamment sur les malfaçons à venir.


Étape 4 : L’action judiciaire


À défaut d’accord, le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble est compétent, avec avocat obligatoire au-delà de 10 000 euros. Une expertise judiciaire peut être sollicitée lorsque le calendrier réel du chantier et l’imputabilité des retards sont contestés.


Peut-on refuser de payer les appels de fonds ?


C’est une tentation fréquente et une décision à ne prendre qu’avec précaution.


L’exception d’inexécution (articles 1219 et 1220 du Code civil) permet en principe de suspendre l’exécution de son obligation lorsque l’autre partie n’exécute pas la sienne. Mais en VEFA, les appels de fonds sont liés à l’avancement des travaux, non à la date de livraison : refuser de payer un appel de fonds correspondant à un stade réellement atteint expose à des pénalités de retard de paiement, voire à la résolution du contrat à vos torts.


En pratique, la suspension doit rester proportionnée et être juridiquement sécurisée. Ne l’engagez pas sans conseil.


Le retard peut-il justifier l’annulation de la vente ?


Oui, mais uniquement en cas de retard d’une particulière gravité. La résolution du contrat peut être demandée sur le fondement de l’article 1224 du Code civil lorsque l’inexécution est suffisamment grave : un retard de plusieurs années, un chantier à l’arrêt, ou l’impossibilité manifeste d’achever.


Elle entraîne la restitution des sommes versées, éventuellement assortie de dommages et intérêts. C’est une solution radicale, à évaluer au regard de l’évolution du marché et de votre projet.


Le cas de la défaillance du promoteur


Si le promoteur est placé en liquidation judiciaire, la garantie financière d’achèvement (obligatoire en VEFA) doit être mobilisée : le garant fait achever l’immeuble. Contactez-le sans délai et déclarez votre créance dans le délai de deux mois suivant la publication au BODACC.


Quel est le délai pour agir ?


L’action en responsabilité contractuelle contre le promoteur se prescrit par cinq ans à compter de la date de livraison prévue au contrat (article 2224 du Code civil).


Ce délai peut être interrompu par une mise en demeure suivie d’une action, une demande d’expertise en référé ou la saisine du tribunal. Ne laissez pas s’écouler des années de négociations infructueuses sans acte interruptif.


Ne pas confondre : retard de livraison et réserves à la livraison


Deux contentieux distincts se cumulent souvent :


le retard de livraison, traité ici, qui donne lieu à pénalités ou dommages-intérêts ;

les réserves émises le jour de la livraison (malfaçons, non-conformités), qui relèvent de la garantie de parfait achèvement et des obligations du promoteur en sa qualité de vendeur.


Le jour de la livraison, la vigilance doit être totale : signer un procès-verbal sans réserve peut vous priver de recours sur les défauts apparents. Et la réclamation des pénalités de retard doit être expressément réservée dans ce procès-verbal.


Un retard de livraison VEFA à Toulouse ou partout en France ?


Calcul du retard réellement imputable, contestation des causes légitimes de suspension invoquées sans justificatif, mise en demeure du promoteur, chiffrage de l’ensemble des préjudices, action judiciaire ou mobilisation de la garantie d’achèvement : face à des promoteurs qui opposent des clauses de suspension standardisées, la contestation exige méthode et pièces. Le Cabinet Morer, avocat en droit immobilier à Toulouse, analyse votre contrat de VEFA et défend vos intérêts jusqu’à l’indemnisation, partout en France.


Contactez le Cabinet Morer sans attendre : par téléphone au 06.23.36.88.03, par courriel à cabinet@morer-avocat.com ou via le formulaire de contact sur morer-avocat.com

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